BATMAN, ROCK HARD (FORCE) & MOI

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Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours préféré Batman à Superman. C’est comme ça. « Mais pourquoi tant de méfiance ? », seriez-vous en droit de m’apostropher (si tant est que l’angoisse vous prenne soudainement à la gorge, ce à quoi vous invite sournoisement l’inclination mélodramatique et calculée de la première assertion).

Oh, plusieurs raisons à cela.

Tout d’abord, une option esthétique. Un type qui enfile un slip rouge par-dessus un collant bleu, je ne sais pas… je ne suis pas attaché aux détails mais c’est vestimentaire, y’a un truc qui me gêne. J’en ai parlé autour de moi et m’avoue assez surpris, pour ne pas dire effaré, de constater que cet effet en trompe-pas-l’œil n’ait pas questionné les masses plus que ça. C’est vrai : les gens ont longtemps vécu avec Axl « Bonbons » Rose ; et son moule-scrotum n’a visiblement choqué, à l’époque, que la ménagère de plus de soixante-dix-sept ans… quand il n’enthousiasmait pas chaudement la jeune fille qui prenait Podium 50 Magazine en dépôt de presse en même temps que son paquet de clopes menthol, dans l’espoir de découvrir en pages intérieures et derrière les vapeurs délicieusement odorantes les frasques d’alors de la nouvelle star du hard (P50M : un tabloïd oublié aujourd’hui mais qui recensait, du temps de Marc Topesca, tous les phénomènes de mode imprégnant jusqu’à l’obscène les tissus de la culture populaire).

Sans doute cette aspiration à pousser l’avantage « roustons » au centre de l’image m’a-t-elle gêné. Volontarisme burnesque qui, chez Axl comme Superman, a très certainement nui à une pénétration de leurs univers respectifs qui soit naturelle et sans appréhension de ma part. Curieusement, et alors même qu’aujourd’hui Axl semble avoir opéré un radical virage sur le plan de l’apparence (seuls les adeptes d’Edouard Balladur et Frank Sinatra croient le remettre), je ne m’y retrouve toujours pas complètement.

Une raison de fond, ensuite. Superman (et là, mes yeux s’écarquillent de voir mon clavier sortir ces mots de lui-même), reste l’ami du Bien. Il protège les humains, il est bon, beau et si ça se trouve, il sent bon le… (Serge s’il te plaît, sors de ce corps tu seras gentil). Superman donc, a ce côté lisse et irréprochable qui peut exaspérer. Un peu à la manière dont (souvenir) le premier de la classe récitait à l’oral de droit sa petite leçon par cœur au « pédagogue » bienheureux de ne lui demander que ça (l’évaluation de la performance en pareilles circonstances est, il faut le dire, des plus aisée pour une rémunération restant quant à elle absolument inchangée). Superman : un Ken à hypertrophie musculaire, icône des ados pas trop rebelles mais en manque de modèle. Paie ton mythe. Je t’en foutrais, bande de mollusques. Mais qui peut donc honnêtement rêver devant pareille imposture ? Non sérieusement, c’est un scandale, M. Elkabbach. Un coup de kryptonite et hop, on n’en parle plus. Nettoyé.

Que la société ouvre donc les yeux : Batman a laaargement plus d’arguments que Superman. C’est une évidence. D’abord, il n’a pas toutes ces saloperies de superpouvoirs. Sa force est à l’intérieur. Le truc, c’est qu’elle oscille dangereusement entre les opposés voire déraille parfois vers un phénomène de genre schizophrénique. Cette armature psychique, généreusement fissurée, a donné à la personnalité de Bruce Wayne une saveur universelle et que je rapprocherais volontiers du profil moyen de ces êtres humains que l’on dit « normalement constitués »… si tant est que l’expression rime à quelque chose (ce que semblent croire, d’ailleurs, quelques illuminés que j’ai vus récemment de mes yeux vu, heureux comme des papes de chanter à tue-tête et en rangs d’ognon de vieux singles de Sardouche ou Souchian ; ce qui, à l’âge de vingt-cinq ans en 2014 est assez grave. À eux, je me permets ce simple rappel de courtoisie : médecine n’est pas plaisir, et votre rendez-vous chez le proctologue n’est pas forcément à prendre comme une bonne nouvelle).

Bref. La paire de sphères sous pine, Batman en a une aussi. Mais à la différence de son collègue « de Bien », lui au moins a eu cette décence, cette humilité consistant à planquer l’outillage sous un slip noir et savamment intégré au costume (bermuda ultra-short en ode à la modernité par mélange plastique/kevlar, en tout cas pour la version cinématographique la plus récente). Un aboutissement esthétique, admettez-le, total : profilage du chausse-roustons en continuité du reste de l’apparat pour une harmonie vestimentaire qu’au global, je souhaite franchement à beaucoup.

Batman, toutes époques confondues, est resté apprêté avec goût. Le vernis léger faisant reluire sa cuirasse dans les récents travaux grand écran, reflète une époque où tout doit briller encore un peu, même ce qui contient le mauvais. Ce faisant, Batman sublime la Vérité du tout un chacun : l’homme-chauve-souris est, comme toi, comme moi, comme nous quoi, funambule entre Bien et Mal et en questionnement plus ou moins lourd quant à l’issue. Ce qui fait toute la beauté de son geste : entre deux sauvetages nécessaires plus encore que spectaculaires, Batman n’en reste pas moins Bruce Wayne, entité dont la nature humaine nous interdit d’exclure à 100% que l’homme au masque angulaire s’accorde cette pause plaisir ma foi largement méritée que seul procurera le petit caca.

À Rock Hard figurez-vous, le Mal n’est pas partout. Là où il est, c’est dans la musique en fait : celle qui sature l’atmosphère des bureaux ou des festivals auxquels se rentrent vos Preux Chevaliers pour vous en rapporter la quintessence par l’écrit. Et quand la musique nous semble caca, ce qui peut arriver (Batman n’a le monopole de rien), nous essayons de vous le dire… mais toujours avec des mots polis. Vous nous connaissez.

Ah, ces personnes s’activant pour le magazine. Mal, Bien… à leur propos, les choses me semblent moins claires. Je dois vous rapporter à ce sujet quelques impressions gardées jusqu’ici secrètes car il n’a jamais été dérogé à cette sacrosainte règle selon laquelle, à Rock Hard, « ce qui se passe au bureau reste au bureau » (les packs d’eau minérale jonchant le sol de l’espace de travail mais rebouchés par sécurité avec des embouts adaptés originellement à des fûts de whisky écossais, les bouts de chorizo acheté en promo grillant négligemment sur le rebord supérieur de l’écran 15 pouces jouxtant la baie vitrée exposée plein sud, etc.).

Ce que j’ai pu constater de mes quelques – et trop rares – moments de vie communs avec cette tripotée de néo-païens, en effet, dépasse l’entendement. Les lecteurs doivent savoir. Avant de vous révéler la teneur de ces secrets, je précise employer à dessein un terme englobant : le choix de l’expression « néo-païens » me permet en effet de planquer – au bénéfice notamment de Charlélie Arnaud, auquel je voue une torride exécration – un système de croyance intime et personnel à chaque journaliste. Le bricolage spirituel, croyez-le bien, est une spécialité maison. Par exemple, François Blanc voit en Sabaton une entité venue des tréfonds de l’Atlantide et reste persuadé que son chanteur est la résurrection de Mark Harris. Et – un comble – qu’il saurait écrire et chanter. François n’a pas la schizophrénie de Batman, mais sa légendaire gentillesse (un autre scandale, M. Elkabbach) ne lui évite pas un aveuglement éhonté. J’hésite donc à lui glisser par billet doux ce fragment de Vérité Première selon laquelle ces types ne seraient en fait ni plus ni moins que d’anciens réducteurs de corps pris d’angoisse par le poids croissant des responsabilités et qui, sur injonction du petit-fils d’un ancien membre poilu d’Aphrodite’s Child, se seraient reconvertis en forains. Forains de la pire espèce : de ceux qui vous tendent là une fourrure d’hermine made in *BIIIP* comme si c’était la septième merveille du monde, alors que vous venez de leur pêcher le troisième petit canard d’une série non limitée avec votre canne en plastique made in *BIIIP* et crochetée au fil de fer. Les scandales pleuvent, mais oublions.

Car voici maintenant quelques secrets de la rédaction, avant qu’on me ferme définitivement le clapet par propulsion manuelle vers cachot souterrain (concluez par vous-même et profitez : cette livraison restera la seule et l’unique – Adieu). Vite, vite, je me lance :

1 – Certains d’entre les journalistes de Rock Hard développent un goût immodéré pour les choses de la vie (je confirme l’assimilation au néo-paganisme) mais leur rapport à la nature, paradoxalement, laisse parfois à désirer. Vous remarquerez que je ne donne aucun nom. Morgan Rivalin, par exemple, utilise les sacs kraft grande taille de grandes enseignes du fast-food comme des sacs à main, ce qui donne à Son Altesse une allure certaine en mode promenade. Les gens de Clisson, que j’ai vus interloqués, en parleraient mieux que moi.

Mais ce n’est pas tout, comme dirait Christ-off Onde de Latte.

2 – Ces mecs, ceux de Rock Hard oui, ne pensent qu’à se marrer. Pourtant, quand ils se mettent à bosser, ils le font pour de vrai. Comme quoi tout est possible. La preuve avec cette nouvelle plateforme Rock Hard Force, mijotée en secret depuis de longs mois et sur laquelle nous allons pouvoir vous expliquer enfin pourquoi nous aimons Batman. Pourquoi Batman nous a amenés, plus jeunes, au batcave. Pourquoi le batcave mène au gothique. Pourquoi le gothique ne mène à rien (et c’est bien connu, puisque faire descendre un gothique de l’arbre, c’est juste couper la corde). À rien ça mène le gothique, on vous dit. À rien, sauf éventuellement… au metal. Cf. The Nefilim, single « Penetration » (1996). Cf. aussi, et à titre plus secondaire, mon opération transfuge de médias classés « gothiques » vers l’antre du metal qu’est Rock Hard. Comme quoi tout arrive, même le pire.

Quoi d’autre alors, ici ? Plein de choses, plein de choses, on arrive. Des explications sur pourquoi, prosaïquement, tel ou tel disque marquera la semaine, le mois, le siècle ou pas. Pourquoi Philippe Lageat (qui, sachez-le, a connu le batcave) a décidé de passer à une coiffure hardcore en 1995. Pourquoi Aerosmith chante en playback dans les aigus. Pourquoi Nadine Morano raconte des blagues au lieu de se lancer en politique. Vous apprendrez ici même, et ça c’est maintenant, quel est le comble de la chauve-souris. Le comble pour notre sujet du jour, et rappelez-vous en, c’est d’avoir la chiasse en rêvant (ce qui, au passage, explique certains aspects matériels de la tenue de Bruce Wayne telle que rénovée pour les années 2000).

Enfin bref, vous le sentez déjà : en venant par ici, vous repartirez riche de quelque chose qui ne se mesure pas en euros. C’est de votre faute cela étant, puisque vous l’aurez voulu, malgré tous les efforts que nous aurons déployés à vous décourager de venir.

Pour l’heure en tout cas, tout va bien : vous je ne sais pas mais mon fils (4 ans) me suit sur Batman. Et sauf votre respect, c’est tout ce qui compte à mes yeux pour l’heure. Allez. Plus qu’à le familiariser avec Slayer et Nefilim, et le pari éducatif est gagné. Comme quoi, finalement, le Bien est seulement là où on veut bien le mettre.

Sur ce, bien le bonjour chez vous.

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