
Le PPM Fest lance la saison des festivals, en Belgique, depuis 2010. C’est le week-end prochain, 18, 19 et 20 avril à Mons, et il reste des places : c’est le week-end de Pâques, vous pouvez encore vous faire plaisir. Rencontre sans langue de bois avec Tony Carlino, le boss du festival : gentillesse, simplicité, mais au final quelques propos forts et un appel du pied appuyé à la mairie de Mons.
Rappelle-nous l’histoire de ton festival…
On existe depuis 2010, d’abord sur une journée, avec SCORPIONS en tête d’affiche, cette année-là. Mais dès 2012, on s’est rendu compte que des mecs venaient des quatre coins du monde voir la concentration de groupes Power Prog & Metal qu’on est les seuls à proposer : imagine quand tu viens du Brésil. C’est mieux d’être là pour trois jours que pour une seule journée. C’est sur cette idée qu’on est passés à 3 jours, dès 2012.
Qu’est-ce qui en fait la particularité ? Qu’est-ce qui déplace ces milliers de personnes, de partout, chaque année depuis 2010 ?
Il y a deux trucs qui me tiennent à cœur. D’abord le fait que quand tu viens au PPM, tu peux voir TOUS LES GROUPES de l’affiche. C’est ce qui me paraît super frustrant, quand je vais au Wacken ou au Hellfest : trois groupes que je veux absolument voir qui jouent en même temps, ou alors t’es obligé de courir d’une scène à l’autre. Il y a toujours des sacrifices à faire. Nous avons deux scènes, à deux extrémités d’une salle de 10 000 personnes (jauge pompiers), un bar au milieu, ça joue alternativement sur une scène, puis sur l’autre, et j’en viens au deuxième point important : les pauses de 10 minutes ou ¼ d’heure entre les concerts, même si on prévoit des animations : ça permet à la pression de monter et ça nous sort de ce sentiment d’abattage que l’on peut ressentir dans certains festivals plus importants.
C’est un festival à taille humaine.
Et ça le restera : il repose sur le travail de bénévoles et sur des fonds privés. Il n’est pas subventionné et ce n’est pas un business. Tout le monde est là par passion. Par exemple : le servive de sécurité que nous engageons, à nos frais, est là pour le décor, pour boire des coups, parce que l’équipe de bénévoles est impliquée à fond, tout se gère entre fans. Le mec qui te sert ta bière ou contrôle ton ticket, il est aux taquets comme toi. Cet état d’esprit, souriant et dévoué, c’est l’esprit du Fest. Depuis la première édition, la pinte est à 2 €, le pass 3 jours à 99 €. C’est ce qu’on voudrait maintenir, en atteignant notre point d’équilibre, comme l’année dernière – la première fois. On était aux alentours de 16 000 entrées sur les trois jours et on aimerait faire plus, mais nous sommes un jeune festival et nous préférons mettre notre argent dans la technique au service des musiciens, sur place, que dans la com’. C’est aussi un choix.
"…c’est décidé, la prochaine édition n’aura pas lieu à Mons. C’est fini." – Tony Carlino

Roger Wessier, Tony Carlino et Samuel Arkan d'EPYSODE
Vous n’êtes pas soutenus par les collectivités locales ?
Le système belge est très différent du système français. Nous n’avons pas de statuts comme celui des associations qui permettent de drainer cet argent public. Seule la mairie pourrait nous soutenir matériellement, mais nos élus locaux, à Mons, n’ont aucune envie de jouer les m’as-tu-vu avec un festival de metal. Ils viennent boire leur pinte et voir des concerts, comme tout le monde, mais ne veulent rien faire à l’échelle de la commune ! On leur a présenté notre business plan complet, ils ont proposé de nous prêter 100 barrières "Nadar" (Ndlr – Les barrières de police dites "Vauban" en France) – l’équivalent de 80 € de location. Ils auraient pu nous filer un coup de main pour la com’, avec leur logo sur une affiche… Non : voilà. Mais c’est décidé, la prochaine édition n’aura pas lieu à Mons. C’est fini.
As-tu déjà des pistes, dans d’autres villes ?
Oui. On n’a pas voulu précipiter les choses, cette année. Même si on a volontairement tardé à confirmer le lieu, après avoir commencé à dévoiler l’affiche. C’est dommage, car nous avions pris nos marques dans cette belle salle. Mais voilà, d’autres communes ont l’air de vouloir jouer le jeu. Donc clairement, je pense que l’année prochaine, ce sera ailleurs.
Pourtant, vu d’ici, la Belgique est une terre de festival depuis bien avant la France. On évoquait "Torhout" avec des larmes dans les yeux il y a déjà 20 ans !
Tu as raison. Mais rappelle-toi que la Belgique, c’est deux pays en un. La frontière qui sépare la Flandre de la Wallonie n’est pas seulement linguistique. Des communes flamandes se sont engagées, très tôt, en fournissant la logistique complète à Graspop ou à Alcatraz… Nous, avant d’avoir l’affiche, on loue la salle 25 000 €. En Wallonie, il y a bien Dour, mais ce n’est pas un festival metal. Et le mec qui a monté Dour est devenu ministre. Ce n’est pas mon ambition.
J’avais plein de questions sur la programmation et sur la musique, au départ…
On compose l’affiche à deux. Mon pote Greg s’occupe des gros groupes, comme SAXON, moi des découvertes et des coups de cœur. Principe simple : tous les gros festivals viennent après, on ne veut pas proposer la même chose. Aucun intérêt. Si tu retires BLACK SABBATH ou MAIDEN au Hellfest, tout le reste on peut le faire, quasiment. Donc on tape dans le plus rare, plus pointu, "l’exceptionnel" entre guillemets : EPYSODE, première mondiale, jamais vus. Peut-être on ne les verra plus jamais avec ce line-up. IN EXTREMO, on ne les a pas vus en Belgique depuis 7 ans. DRAGONLAND : les Dieux du power metal pour le fan du style. Dans cette niche, il n’y à rien au dessus. Ils n’ont pas joué depuis 2006, en Suède, chez eux. LE groupe rare.
MY DYING BRIDE en tête d’affiche ?
Hahaha ! Oui, on a eu quelques questions. Comme pour BEHEMOTH, l’année dernière : « vous êtes sûrs ? ». Tout le monde n’a pas compris. Mais je crois vraiment en MY DYING BRIDE, même si c’est plus atmosphérique, ambiant et lent que bien des formations qu’on propose. Je pense qu’ils vont jouer le jeu. Au PPM, il y a toujours quelque chose qui se passe. Si le groupe réagit bien, ça s’enflamme. C’est ce qui ne s’était pas produit avec BEHEMOTH l’année dernière. Les mecs sont restés trop froids… tout en balançant des vannes sur STRATOVARIUS qui venait de jouer… c’est dommage, une partie de la salle s’est vidée – même si musicalement, c’était impeccable. D’autres groupes jouent le jeu, adaptent leur set-list et ils n’ont aucun problème à conquérir les fans de power metal !
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