SNA-FU GRAND DESORDRE ORCHESTRE a sorti « Knives & Bells », son troisième album studio, le 18 janvier dernier, chez Klonosphere. Avant de partir pour une tournée franco-suisse, le groupe rodait son nouveau set à Paris, le 20 février dernier, dans le cadre d’une soirée « OÜI Love Backstage » au O’Sullivans by the Mill. Rencontre juste après la balance avec Clément Masson (voix) et Cédric Douhaire (guitare).
Pouvez-vous présenter SNA-FU GRAND DESORDRE ORCHESTRE à ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
Clément : Nos premières répètes ensemble remontent à 2000 et notre première vraie tournée à 2004/2005, pour promouvoir notre EP. A cette époque, on a joué au Printemps de Bourges et au Hellfest puis, après notre premier véritable album, « Tonnerre Binaire » (2007), on a fait les Eurockéennes de Belfort. Depuis, on a sorti « Mighty Galvanizer » en 2011. Enfin, on a rejoint la Klonosphere, qui nous a permis de sortir « Knives & Bells ». Notamment grâce à cette organisation géniale, après un mois, les premiers retours sont excellents.
Comment décririez-vous votre musique ?
Cédric : Notre musique est violente, mais positive. On a envie de tout casser, mais sympa. Ca se voit, mais surtout ça s’entend : elle est assez rock n’roll, parfois vintage, mais avec une agressivité moderne, une grosse production et une vraie recherche sur le son. On aime bien jouer sur de vieux amplis et sur « Knives & Bells », par exemple, on utilise des guitares acoustiques… L’idée c’est de relancer les dés à chaque fois, de tenter et de prendre des risques. Le coup des acoustiques sur les amplis, on n’était pas sûrs : tu branches, t’as direct du larsen… mais ça permet de sortir plein d’effets. Le grain de « Knives & Bells » repose en grande partie là-dessus. Comme d’habitude, on a enregistré l’album au Studio Sainte-Marthe, chez Francis Caste, notre producteur attitré. Il nous connaît super bien, ça nous permet de tenter ce genre de fantaisies.
Vous venez de finir vos balances… Comment se présente la soirée ?
Clément : C’est toujours sympa, ces délires avec OÜI FM. On a déjà participé à une soirée comparable, au Glaz’Art, avec un DJ pour chauffer l’atmosphère et les concerts en fin de soirée : le public est plus bourré (sic) que d’habitude*, tout le monde est bien chaud, je me prends des litres de bière sur la gueule (re-sic), dans la joie et la bonne humeur : c’est génial.
Cédric : C’est bon, le partage…
Clément : J’espère que ce sera pareil ce soir. Enfin j’ai pas vraiment de doute, en fait. Après, pour nous, c’est un peu la « release party » de « Knives & Bells ». On va donc jouer une grosse partie de l’album, plus nos « tubes ».
Cédric : Tous nos fans parisiens seront là. On se doit donc de jouer les morceaux qu’ils attendent. Pour nous, c’est super agréable aussi : ce sont les morceaux qu’on connaît le mieux, donc on les déroule et on peut vraiment se lâcher.
"Notre œuvre est comme ça, on ne sait jamais où nous attendre " – Cédric Douhaire
Et sinon, on peut revenir sur le nom du groupe ?
Cédric : Bien sûr. Il y a eu plusieurs étapes… d’abord SNAFU… ensuite on a rajouté le tiret : SNA-FU…
Clément : Euh, attends, c’était dès le début, en fait, SNA-FU… parce qu’il y avait déjà plein de groupes qui s’appelaient SNAFU. Il fallait donc se démarquer – d’où le tiret. Et on a fait un pas de plus dans cette direction avec SNA-FU GRAND DESORDRE ORCHESTRE. Ce nom nous caractérise complètement et on tient à cette petite touche de français, cette French touch du hardcore.
Cédric : On n’aime pas les trucs trop simples, non plus. Déjà le tiret, ça a l’air de rien, mais on a eu des galères pour se faire référencer sur Internet à cause de ça. Et puis on a utilisé des pseudos, aussi, avant de les abandonner, parce que tous les membres du groupe n’y étaient pas attachés au même degré…
GRAND DESORDRE ORCHESTRE, tout le monde comprend… Mais SNA-FU ?
Clément : C’est un acronyme à tendance humoristique qui vient de l’argot militaire américain : Situation Normal : All Fucked Up (« Rien à signaler : c’est le bordel » – ndlr). Avec l’accent sur « c’est le bordel » : c’est ce qui nous caractérise.
Cédric : Voilà : une petite couche de plus avec « grand désordre orchestre ».
Clément : On veut être sûr que les gens comprennent.
Cédric : Notre œuvre est comme ça, on ne sait jamais où nous attendre : notre deuxième album était dense, complexe, avec des morceaux longs. Toujours violents, mais peut-être trop complexes, pour certains d’entre eux.
Clément : Pour du studio, c’était un peu complexe.
Cédric : C’est vrai : pour la scène, c’est plutôt marrant. C’est le feu d’artifice, la magie opère. Après, on comprend ou on ne comprend pas…
Clément : On ne sait pas toujours où la chanson se termine, ou bien où elle commence…
Laissez-vous une part à l’improvisation, sur scène ?
Clément : On l’a fait un peu…
Cédric : On l’a fait pas mal ! Mais ce soir il n’y en aura pas. Après ça dépend, parfois on se laisse de grandes plages d’impro.
Clément : Pendant 15 minutes, je me rappelle, t’était parti dans une impro, une fois…
Cédric : 15 minutes ça va ! Ca plaît ou ça ne plaît pas, mais ça passe… Reste que les morceaux de « Knives & Bells » sont plus condensés. On est revenu à la base : si on a un bon riff, on le tient. Si le riff ne marche pas, c’est que ce n’est pas le bon. Je ne veux pas dire qu’on a fait de la Pop (mais alors pas du tout !), mais structurellement, y a un truc un peu anglo-saxon : simple et efficace. Et plus calibré : sur l’album précédent, on n’avait même pas de refrain ! On était un peu parti sur du progressif, tout en restant bien costauds. Cette fois, nos structures sont plus classiques : couplet, refrain. L’idée ce n’est pas de passer à la radio, mais on pense qu’on a réussi à mêler efficacité et intérêt musical – tel que ceux qui nous connaissent l’entendent.
"Notre culture musicale, en tant que groupe, est tournée vers les pays nordiques en général et vers la Suède en particulier" – Clément Masson
SNA-FU GRAND DESORDE ORCHESTRE existe depuis 14 ans, pourtant vous êtes super jeunes. Comment vous voyez-vous dans 14 ans de plus ?
Cédric : Je ne sais pas si on fera la même musique…
Clément : C’est vrai qu’on a commencé super jeunes. On était frais, super propres sur nous. Ca contrastait avec notre musique, très violente. Le contraste marchait : vu du public, on avait l’air d’un groupe de Pop, puis on lui envoyait le gros son dans la gueule. Je ne sais pas si ça marchera encore dans 14 ans, mais on espère continuer à nourrir une forme de décalage. En tout état de cause, après 14 ans, la foi est intacte, comme le plaisir de monter sur scène.
Quelles sont vos influences musicales ?
Clément : Notre culture musicale, en tant que groupe, est tournée vers les pays nordiques en général et vers la Suède en particulier : le punk hardcore suédois, c’est notre came. On suivait notamment les productions du label suédois Burning Heart Records, comme celles de MILLENCOLIN, REFUSED ou même THE HIVES, qui ont été lancés par ce label. On a beaucoup d’affinités avec ces groupes-là.
Cédric : On a joué avec REFUSED, d’ailleurs, l’année dernière, à Paris.
Clément : C’était au Bataclan, une super date. Après, si on pense aux Etats-Unis, on peut évoquer THE MARS VOLTA ou AT THE DRIVE-IN, des trucs un peu plus prog.
Cédric : BLOOD BROTHERS aussi…
Clément : Ce sont nos influences communes. Après, évidemment, chacun apporte sa culture et sa patte.
Cédric : J’adore CONVERGE, également : pour moi, en live, ça marche à chaque fois. J’ai aussi joué du jazz manouche, dans un autre contexte, ce qui nous a permis d’échanger avec Hadrien (Enlart – ndlr), l’autre guitariste, qui a passé les accords d’une chanson d’Edith Piaf à la moulinette manouche (pour un morceau de « Mighty Galvanizer »)… On essaye de mélanger différents trucs, tout en sachant qu’aucun d’entre nous n’écoute vraiment la radio. En revanche, les musiques traditionnelles ou la folk peuvent infuser dans notre musique, voire jusque dans les thèmes de nos paroles.
Toujours en anglais ?
Clément : Principalement, même si nous avons un morceau en finnois et un autre en japonais.
C’est des langues que vous parlez ?
Clément : Non, pas moi : j’ai chanté en phonétique, sur la base de transcriptions.
Cédric : J’ai habité au Japon après avoir étudié cette langue, donc je la parle couramment. Ca contribue certainement à mon identité de musicien, mais c’est le groupe qui absorbe et digère nos différentes influences, qui fait qu’une idée peut devenir une composition, avec le temps – pas en un soir.
Justement, comment se répartit le travail de composition, au sein du groupe ?
Clément : Les choses ont évolué, à cet égard. Auparavant, le chant arrivait en dernier : les guitaristes trouvaient le thème principal, sur lequel on brodait pour trouver la structure instrumentale. Ensuite, on rajoutait la couche de chant. Pour « Knives & Bells », nous avons souhaité que le chant s’inscrive en amont du processus, autant que possible, afin que l’ensemble s’imbrique mieux. Nous sommes plutôt satisfaits du résultat. Sur la composition pure, Hadrien avait le lead sur le premier album, puis Cédric a commencé à « gratter »…
Cédric : Il a fallu que je trouve ma place, en effet… tranquillement, hein ! Toujours sympa… Désormais, les compositions se répartissent pour moitié entre nous deux. Elles partent toujours des riffs. Initialement, nous étions franchement hardcore/hardcore, limite screamo : les paroles étaient criées et se superposaient sans difficulté aux riffs. Désormais, le chant de Clément est plus mélodique, ce qui impacte l’ensemble des compositions. Même la batterie doit trouver sa place, comme tous les autres instruments, et s’adapter à la tessiture de Clément. Il nous est donc arrivé de devoir revoir la tonalité des guitares. Les compositions de « Knives & Bells » ont donc longtemps tourné pour trouver leur substance : nous avons épuré et nous nous sommes dispensés de tout ce dont nous pouvions nous dispenser.
Clément : De mon point de vue, ma voix est redevenue un instrument comme les autres. D’ailleurs, dans le mixage, elle est au même niveau sonore que les autres instruments.
Cédric : Pour ce qui est de l’enregistrement, on travaille live, autant que possible. D’ailleurs, pour l’essentiel, on a retenu les premières prises, quitte à conserver quelques imperfections.
Vous revendiquez-vous toujours de la mouvance hardcore, malgré ces évolutions ?
Cédric : Absolument, mais au sens strict du hardcore, au même titre que n’importe quel autre mouvement artistique hardcore : on retire tout ce qu’il y a autour pour trouver le noyau dur. Ca peut paraître évident, mais en écoutant l’album, je pense qu’on comprend encore mieux ce que je veux dire. En revanche, du point de vue des paroles de nos morceaux, on se distingue vraiment de l’essentiel de la scène hardcore : pas de politique.
Clément : En effet : nos lyrics évoquent le plus souvent des expériences personnelles, on ne donne surtout pas de leçon.
Quel est le dernier concert où vous êtes allés tous ensemble ?
Cédric : Faut que je te dise : on peut pas se blairer, donc c’est absolument impossible de faire un truc comme ça ensemble – rires…
Clément : Plus précisément, personne ne peut blairer Cédric – rires… La preuve, c’est qu’à part lui, on avait tous fait le voyage à Stockholm, en 2007, pour le concert unique de reformation de BREACH, un groupe de Burning Heart/Relapse Records. Une grande et forte expérience.
Epilogue : Quelques heures et encore plus de pintes de bière plus tard*, SNA-FU GRAND DESORDRE ORCHESTRE monte sur scène et entraîne le large public de la back-room torride du O’Sullivans dans une longue sarabande endiablée… Un live report ? Une prochaine fois sûrement, là c’était juste vraiment la fête.
*Les excès, c’est toujours avec modération, évidemment.

































































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