FIVE FINGER DEATH PUNCH

En deux décennies, un nom s'est imposé sur la scène metal internationale : FIVE FINGER DEATH PUNCH. Le groupe, venu tout droit du Nevada, a gravi en effet les échelons un par un avec un son aussi puissant que reconnaissable, grâce à la voix inimitable d’Ivan Moody, mais aussi aux riffs surpuissants de Zoltan Bathory. Rejoint en cours de route par Chris Kael, Andy James et Charlie Engen, le groupe américain fête cette année ses 20 ans de carrière, après avoir réenregistré ses plus grands hits en 2025. Quelle meilleure manière pour fêter ses deux décennies que de sortir un album résumant autant que possible la carrière de FIVE FINGER DEATH PUNCH ? C’est dans ce contexte que sort l’album « Legacy », concentré de tout ce qui a fait FIVE FINGER DEATH PUNCH ces vingt dernières années : une écriture acérée, un son ultra-moderne et des riffs qui donnent envie de courir dans un wall of death. Pour en apprendre plus sur l’album et sur l’héritage (« Legacy » en anglais) du groupe, nous avons pu nous entretenir avec Zoltan Bathory depuis son dojo, entre deux entrainements de jiu-jitsu…
 

« Legacy », votre dixième album, paraît dans un contexte très actif pour vous, entre vos vingt ans, le réenregistrement de vos hits et une tournée intensive…Tout cela vous a-t-il ajouté une pression qui n’était pas présente pour les autres albums ?
Zoltan Bathory : Alors, au niveau de l’agenda, absolument. Comme tu le sais, on jongle tous. On a la tournée, pour laquelle on a construit un vrai spectacle. Et un spectacle de dingue, en plus. Donc, beaucoup de choses bougent et se synchronisent. Et nous sommes très heureux d’être impliqués dans tout ça. Nous avons l’œil sur tout ce que fait le groupe et sommes en train de construire les clips pendant que tout ça se passe. Et on donne aussi les interviews, évidemment. Cet album, c’est notre bannière, pour ainsi dire. C’est beaucoup de pression, mais pas concernant ce qu’on fait directement, c’est plutôt pour tout faire tenir en 24 heures. Je ne sais pas à qui je dois m'adresser pour obtenir des journées de plus de 24 heures (rire) ! Mais c’est comme ça. On fait avec ce qu’on a (rire) !

Je me souviens vous avoir découverts avec "Coming Down" il y a une quinzaine d’années, et m’être immédiatement dit que vous aviez un son très singulier et reconnaissable, et c’est toujours vrai aujourd’hui. Quand on lance une chanson de FIVE FINGER DEATH PUNCH, on le sait instantanément. Selon toi, qu’est-ce qui rend votre son aussi unique et inimitable ?
Eh bien, je le vois un peu comme une de nos réussites, d’une certaine manière. C’était plutôt difficile ! Quand on y réfléchit, vu le nombre de groupes de groupes qui sortent, c’est compliqué de ne pas être inspiré de qui que ce soit. Rien n’est vraiment 100% nouveau, chaque groupe vient de quelque part. Chacun possède des influences, et on les décèle quoi qu’il arrive, mais avoir un son à soi, qui ne soit pas un dérivé évident de quelque chose, c’est déjà une réussite à mes yeux. Tous les groupes iconiques comme AC/DC, IRON MAIDEN, PANTERA, METALLICA… On sait immédiatement de qui il s’agit quand on les entend. C’est très dur à accomplir, et c’est aussi un peu à double tranchant quelque part, parce que les gens diront souvent que ce qu’on sort sonne tout le temps pareil. AC/DC sonne toujours un peu pareil si on ne le connait pas. Mais si on est connaisseur du groupe, et qu’on connait intimement AC/DC, on va entendre des éléments qui ne sont pas identiques, et comprendre les nuances. Pour moi, c’est le graal, d’atteindre ça ! Mais au-delà, évidemment, la voix d’Ivan est très reconnaissable. Il possède une voix unique, et il se trouve que mon jeu de guitare a un côté très percussif dans les graves, ce qui est très singulier aussi. Je joue sur des guitares baryton, ce qui impacte le son aussi, et quand on combine tout ça, quand on met le groupe en studio, c’est comme ça qu’on sonne. D’avoir cette base, c’est dur à obtenir, mais c’est précieux, à mon avis, pour le son de FIVE FINGER DEATH PUNCH.

As-tu l’impression que cela vous force à réfléchir davantage pour trouver l’inspiration pour rendre chaque chanson unique, d’avoir à construire autour de cette base solide, comme vous le faites par exemple sur "In Time", avec les harmoniques naturelles de la guitare ?
Eh bien, comme je te le disais, si tu connais bien le groupe, tu entendras les subtilités. Tu as parlé de "In Time", donc je vais la prendre comme exemple. Entre "In Time" et "The Way Of The Fist", il y a un spectre très large de chansons ! Ça peut paraître surprenant, mais certains pensent que tout se ressemble, mais ce n’est pas le cas (rire) ! On ne s’aventure pas trop en dehors de notre registre, parce que ça ne sonnerait pas naturel d'une certaine manière. Parce que c’est comme ça que l’on sonne. Mais si tu analyses ce groupe, tu réalises qu’on aime tout ce qui est mélodique, et tout les groupes avec lesquels j’ai grandi l’étaient. J’adore W.A.S.P., par exemple, qui est l’un de mes groupes préférés depuis toujours. Mais j’écoute aussi POSSESSED et VENOM, et entre les deux, il y a ce spectre plutôt large dans lequel je peux opérer. Et je ne fais rien qui sorte de mon vocabulaire musical, car j’aime ces groupes ! FIVE FINGER DEATH PUNCH possède un son naturel, c’est comme ça que je veux sonner. Et je sens que si on partait dans une autre direction, ce serait forcé. Donc on fait ce qui sort, et ce que ce groupe sait faire. Encore une fois, dans le cadre que nous nous sommes fixé, je pense qu’on ratisse assez large. On a des chansons comme celle que tu viens de mentionner, "In Time", qui est une sorte de ballade. Pour moi, elle ne ressemble en rien à ce que l’on a fait précédemment, mais elle sonne quand même comme FIVE FINGER DEATH PUNCH ! C’est dans cet état d’esprit que je me dis qu’on a beaucoup de place pour opérer. Pour cet album en particulier, quand on a commencé à travailler dessus, on avait environ 30 chansons, et on a choisi les chansons en fonction de ce qui aurait du sens pour nous aujourd’hui, et on voulait faire un album qui donnerait l’idée générale de ce qu’est le groupe en l’écoutant. Si on me demande quel album représente le mieux le groupe, je peux te donner celui-ci. Il représente 20 ans à faire ce qu’on fait, et pourtant, il y a quelque chose de nouveau dedans ! Il y a toujours de la place pour grandir, et ça sonne carrément frais, en tout cas pour nous. C’est avec ce critère que nous avons choisi les chansons. On aurait pu créer un tout autre album si parmi les 30 on avait choisi six ballades, ou même aucune ! On voulait vraiment choisir ces dix chansons qui représentent un peu où on en est aujourd’hui, avec un côté quasi-cinématique.

J’ai l’impression que sur cet album qui évoque votre héritage par son titre, vous avez aussi voulu faire ressortir par les paroles le côté "vrai" de FIVE FINGER DEATH PUNCH. Ça donne vraiment un sentiment d’honnêteté dans l’écriture…
Alors, je n’ai pas écrit les paroles, c’est Ivan qui les écrit. Et ce qu’il y a d’intéressant dans sa manière d’écrire, et je pense que c’est pour ça que le groupe trouve autant d’écho dans le public, c’est qu’il écrit à partir de sa propre expérience. Les choses qu’il écrit, il les a vécues. C’est toujours quelque chose qu’il a vu, ou qu’il a senti sur sa peau. Cela ajoute un élément vraiment humain. On pourrait écrire sur l’Histoire, ou sur des dragons, comme le font très bien beaucoup d'artistes… Et il y a beaucoup de groupes que j’aime qui écrivent ce genre de paroles mythologiques. Mais dans notre groupe en particulier, Ivan écrit sur ses propres expériences. Par exemple, s’il écrit sur une trahison, je pense que chacun a déjà été trahi par un ami, son mari, sa femme, etc. Tout le monde peut s’y identifier ! De même pour la déception. Mais cela peut aussi apporter du positif, avec une réflexion autour de l’héroïsme. Qu’est-ce qui fait un héros ? C’est quelqu’un qui a accompli quelque chose de presque impossible, d'héroique, dans des circonstances très difficiles. Mais un héros c’est aussi quelqu’un qui agit de manière différente de ce qu’on attendrait d’un être humain. Ce sont aussi des moments de la vie ! Tu as sûrement vécu des moments où tu as fait quelque chose auquel personne autour de toi s’attendait, pas vrai ? Donc tu peux te retrouver un peu dans les paroles. Mais Ivan ne les explique jamais. Généralement, c’est moi qui parle de ses paroles, parce qu’il ne les commente jamais (rire) ! Il ne les explique jamais parce qu’il trouve qu'en tant que chanteur, s’il dévoile de quoi parle la chanson, cela cristallise le sens et dépossède l’auditeur de l’expérience personnelle à laquelle il peut l’associer. Or, c’est là que réside la magie : l’image que tu as de l’héroïsme, de la déception ou de la trahison est totalement différente de quelqu’un d’autre ! Elle t’appartient, donc dès que tu l’interprètes d’une manière qui te correspond, il ne veut pas te voler ce sentiment. D’ailleurs, quand je raconte ce dont parlent les chansons, j’interprète aussi ! C’est ce qu’elles représentent pour moi, et ça ne veut pas dire que cela signifie la même chose pour Ivan. C’est là que se trouve la magie de tout ça : il écrit des choses que chacun peut s’approprier. Peu importe ce qu’on pense ce que c’est, on entend ce qu’on a besoin d’entendre, et cela nous connecte à beaucoup de monde.

Je me dis aussi que ça fait aussi partie de votre héritage, tous ces fans qui ont compris les paroles d’une certaine manière, et qui ont traversé les 20 dernières années grâce à vos chansons, comme "Coming Down" (dont les paroles et le clip parlent ouvertement de suicide, ndlr). Je sais que cette chanson a impacté beaucoup de monde, de même que "Wrong Side Of Heaven". C’est peut-être là, la clé de votre « Legacy » !
Oui, absolument ! Tu as parlé de "Coming Down", et j’ai une belle histoire sur cette chanson. On était en tournée, et on avait un meet & greet (événement au cours duquel des fans rencontrent le groupe, ndlr). Un enfant est venu nous rencontrer, et nous a amené un stylo rouge. Je me souviens très bien qu’il était rouge. Il nous a dit : « Ecoutez, j’ai amené ce stylo, et je veux vous le donner, car j’avais écrit ma lettre de suicide avec ce stylo. Ce soir-là, j’allais le faire. Et un de mes amis a vu votre clip, qui parlait de suicide et du fait qu’il suffit d’un ami pour faire la différence, et un ami savait que je n’allais pas bien et m’a envoyé ce clip. C’était le moment où j’ai réalisé que des gens en ont quelque chose à faire. Votre clip m’a empêché de passer à l’acte. » Puis il a donné le stylo à Ivan. Des années plus tard, à un autre meet & greet, on voit un homme qui s’approche de nous et nous demande : « Vous vous souvenez de moi ? Je suis l’enfant qui vous a donné le stylo rouge qui avait servi à écrire sa lettre de suicide. » Et Ivan répond : « Oh mon dieu, tu as bien grandi, dieu soit loué ! » Il avait fini l’université et désormais avait des enfants… Quel moment ! Puis Ivan lui dit d’attendre quelques instants, il court en loges et revient… Il avait encore le stylo ! Il l’emportait toujours avec lui et le gardait dans sa garde-robe jusqu’à aujourd’hui, parce que ça lui rappelle que même si on gesticule sur scène en faisant du bruit, ce qu’on produit a une importance. Si cela peut aider au moins une personne à rester en vie, avoir des enfants et progresser dans l'existence, alors ça vaut la peine. Cela justifie notre présence. Et ce n’est qu’une parmi des centaines d’histoires qu’on a recueillies… Donc oui, on réalise que les gens écoutent ce qu’on dit, et qu’on est responsables de tout ce qu’on fait et de tout ce qu’on dit, parce que les gens en tiennent compte. Ce genre de moment change vraiment notre perspective, parce qu’on réalise qu’on dispose d'un mégaphone que l’on peut utiliser pour faire le bien et changer le monde ! Quand on monte sur scène, ce sont 50 000 personnes qui crient les paroles, et quelque part, on se dit qu’on fait la différence. Ce n’est pas que du divertissement. Pour moi, c’est notre héritage, notre « legacy ». Il est facile de devenir connu. On a vu des gens devenir célèbres en balançant juste « Cash me outside ! » ou « Hawk tuah ! », synonyme de leur "notoriété' il y a quelques années. On peut aller en Chine, les gens connaissent ça : c’est dingue ! Mais ça, c’est juste de la célébrité : cela ne te construit pas un héritage. Un héritage, c’est quelque chose qui se bâtit et qui va rester quand nous ne serons plus là. Il faut laisser une trace qui aura de l’importance. C’est comme ça que je le vois. Ce n’est pas nécessairement quelque chose de physique, même si les albums peuvent l’être, d'une façon. Mais ce sont toutes ces personnes dans le monde qui sont encore là parce qu’elles ont écouté ces paroles, qui leur ont sauvé la vie d’une certaine manière. Ça, c’est un héritage, pour moi.

J’ai beaucoup aimé la chanson "Joke’s On Me", notamment une phrase dans les paroles, qui dit « Nous sommes faits de tous ceux qui nous ont construis et nous ont détruits. ». De qui FIVE FINGER DEATH PUNCH est-il donc fait, si on suit ce raisonnement ?
Eh bien, nous sommes très différents, Ivan et moi. C’est même très difficile parfois. Je blague toujours sur le fait que nous sommes Spock et Kirk dans Star Trek. Spock et le Capitaine Kirk ne pourraient pas être plus différents l’un de l’autre, et c’est pareil pour nous. Parfois on pourrait s’entretuer ou s’étrangler, mais nous sommes frères. On se dispute, on se bat parfois, tu vois ? Mais c’est un peu comme le yin et le yang. On existe dans le même univers, et ensemble, on fait des choses presque magiques, on le reconnait. C’est ce qui nous maintient ensemble comme groupe, aussi difficile cela soit-il. Peu importe pourquoi on se dispute, on sait que quand on va monter sur cette scène, ou rentrer en studio, c’est cette magie qui prévaut. On sait tous les deux que c’est le plus important. Toutes les petites choses ne sont pas si primordiales. On arrive à les surmonter quand on monte sur scène, même si on s’est disputés toute la journée : quand on monte sur scène, on se regarde, et je me dis « Tout va bien, mec. » On était destinés à faire ça ensemble, tu vois ? On s’est détruits et construits nous-mêmes. Et pour ce qui est des forces extérieures, ce groupe est très polarisant. On reçoit beaucoup de critiques de "haters". Ils pourraient nous briser, mais en réalité, plus on nous envoie de négativité, plus on se rapproche. On rigole parfois en se disant qu’on formait une main à cinq doigts étendus, et que quand on nous emmerde, on devient un poing ! Dès qu’une force extérieure arrive, dès que le monde ou qui que ce soit est contre nous, on se transforme en une unité resserrée. Bien sûr, cela ne concerne que le groupe. Chacun a son histoire personnelle qui nous a construits ou brisés quelques fois. Mais finalement, tenir 20 ans ensemble, c’est très difficile, et beaucoup de groupes n’y parviennent pas. Il faut savoir cerner ce qui a de l’importance. Imagine AC/DC ou IRON MAIDEN se disputer sur la longueur d’un solo et se séparer pour ça ! Mais ils ont su que ce n’était pas ça, l'important. Il ne faut pas se tracasser pour les petites choses insignifiantes. En tout cas, c’est comme ça que je le vois. Mais comme je le disais, chacun possède sa propre histoire et je ne parle que de la façon dont fonctionne le groupe.

Quelle chanson de l’album correspond à ton humeur, en ce moment-même ?
Je dirais "De Opresso Liber", je pense. Parce que je suis au dojo et que je viens de me faire un œil au beurre noir en me prenant un coude en pleine roulade (rire) ! Donc je suis en mode "guerrier", là (rire) ! Mais je pense que cet album possède vraiment le bon titre. C’est un peu notre héritage, et même si cet album n’est pas particulièrement un album-concept, il y ressemble vraiment. Mais tout ceci est un peu trop récent pour que je puisse choisir une chanson favorite, évidemment ! Tout est très frais, et je suis particulièrement enthousiaste pour l'ensemble des chansons. C’est un tout, ce n’est pas juste un assemblage de chansons. Il faut vraiment tout écouter, car même l’ordre des chansons a son importance. Comme quand on fait un concert : on ne commence pas un concert avec une ballade, cela n’aurait aucun sens ! Il faut que les choses s’enchaînent bien. Il y a des moments intenses, et d’autres plus calmes, c’est ça le truc. D’ailleurs, on joue certaines de ces chansons en live depuis quelque temps ! En principe, on ne le ferait pas pour un album à venir. On mettrait probablement juste le single dans la setlist, parce que le public connaîtrait déjà la chanson et en chanterait les paroles. C’est assez inhabituel pour nous d’introduire des chansons que personne n’a encore entendues, mais on est tellement emballés par cet album qu’on s’est dit : « Et puis mince, jouons-en ! ». Et jusqu’à présent, c’est une expérience plutôt sympa ! On a proposé "Legacy", "Eye Of The Storm", qui est déjà sortie, "De Opresso Liber", et on est en train de rajouter "Nails In The Coffin".

En parlant de tournées, vous allez jouer en France le 10 février 2027 avec LAMB OF GOD et BLEED FROM WITHIN. On ne vous a pas vus en France depuis 2022, à la suite de l’annulation de votre date avec METALLICA en 2023. Que peut-on attendre de la prochaine tournée de FIVE FINGER DEATH PUNCH ?
Ce sera un choc encore plus grand, parce que nos concerts prennent toujours plus d'ampleur ! Tu peux écouter l’album chez toi de manière confortable, mettre un vinyle, avec un casque de vraiment bonne qualité, c’est super. C’est comme ça que c’est censé être écouté. Mais quand tu te rends à un concert, c’est une énergie totalement différente ! Je dis toujours que je veux que les gens repartent de nos concerts non pas en se disant « j’ai vu FIVE FINGER DEATH PUNCH. », mais plutôt « j'y étais ! ». C'est toute la différence ! Personne ne dit « j’ai vu Woodstock ! » On se dit qu’on était là quand c’est arrivé, à cause de l’excitation. Ça a toujours été notre but de créer une expérience. La musique live remplace en quelque sorte la connexion tribale entre les humains à travers l’Histoire. A l’âge de pierre, on faisait du bruit avec des bâtons et des pierres, pour célébrer le retour de la chasse. Ce côté tribal des humains a un vrai pouvoir. Les bâtons et les pierres sont donc devenus des batteries et des guitares électriques, et le feu un assemblage de lasers et de pyrotechnie, mais le même sentiment tribal perdure. On tente toujours de transformer nos concerts en une vraie expérience, parce qu'ils ne disparaitront jamais : on ne peut pas les télécharger ! Rien de tel que d’avoir 10 000 ou 20 000 personnes autour de soi, qui ressentent la même chose au même moment. C’est l’impression et l’énergie qu’on veut donner. Et on essaie toujours de rendre les choses de plus en plus grandioses, pour pouvoir sortir les gens de leur vie quotidienne aussi longtemps que possible. On ne veut pas que les gens se demandent s’ils ont fermé la porte du garage, s’ils ont payé la facture d’électricité, ni qu’ils se rappellent qu’ils détestent leur boss. C’est vraiment le moment pour s’en détacher, et pour faire partie de cette tribu. C’est ce qu’on apporte. Nous sommes le cirque itinérant qui amène cette expérience, qui suspend le temps et la réalité durant quelques heures, et qui permet d’être avec des gens comme soi, à vivre une expérience. C’est ce qu’on a toujours fait, en s'arrangeant pour que le spectacle soit de plus en plus grandiose.

Eh bien, j’étais là (clin d’œil) en 2017 quand vous avez joué à l’Olympia avec IN FLAMES et OF MICE & MEN, et j’ai l’impression que même si vous avez mis un moment à vraiment décoller en France, vous êtes rapidement passé des clubs aux plus grandes arènes comme l’Accor Arena ! Comment décrirais-tu la relation entre FIVE FINGER DEATH PUNCH et la France ?
Tu as raison ! Je sais que vous écoutez beaucoup de musique différente. J’ai l’impression que ça a à voir avec les goûts musicaux de la France. Pour une raison que j’ignore, le punk a toujours été très fort en France. Vous avez toujours au des groupes de punk, et des artistes très expérimentaux, comme Jean-Michel Jarre. Il y a de super artistes qui viennent de France, mais combien de groupes de rock, en dehors de TRUST ? J’ai toujours trouvé la France très artistique, mais ces dix dernières années, j’ai l’impression que le rock et le metal ont vraiment commencé à se développer. Les derniers concerts qu’on a joués en France étaient de plus en plus gros, et évidemment on a joué au Hellfest, qui était tout simplement énorme ! J’ai l’impression qu’on conquiert un nouveau territoire, avec la France. Pour beaucoup de Français, j’ai l’impression que le heavy metal représente quelque chose de nouveau, parce que ce n'est pas trop cette culture. J’ai donc presque le sentiment de jouer pour un nouveau public, si tu vois ce que je veux dire. Les Français sont très enthousiastes à l'égard du metal, alors qu’ils n’ont pas histoire aussi longue et répandue dans le heavy metal que l’Angleterre ou les Etats-Unis. J’ai donc l’impression de voir une excitation très différente dans ces concerts, dans des salles de plus en plus grandes. D’ailleurs, bizarrement, en France, beaucoup de policiers et de légionnaires de la Légion Etrangère viennent à nos concerts ! C’est plutôt drôle de les voir venir nous rencontrer backstage et nous faire signer tous les albums. C’est plutôt intéressant ! Le public français a vraiment l’air de nous apprécier.
 

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