HERMANO + SOLACE

Parmi les nombreuses réjouissances fuzzées que comptait le mois de mai, se trouvait la septième soirée du mois. Ce soir-là s’est tenu le premier concert de la tournée européenne du groupe HERMANO, digne héritier du stoner rock / heavy blues des pionniers KYUSS. Pour cette tournée, le groupe est accompagné du groupe originaire du New Jersey SOLACE, dont le rock entre stoner et heavy est parfaitement bien choisi pour commencer cette soirée d’anthologie dans une Maroquinerie qui affiche sold-out.

L’heure du set de SOLACE sonne et les membres du groupe montent sur scène, à l’exception de l’un des guitaristes qui se fait attendre. Quelques minutes plus tard, le quintet aux CV émérites est au complet : les palmarès du chanteur Justin Goins (ex-THE BRIMSTONES), des guitaristes Justin Daniels et Tommy Southard (ex-GODSPEED, ex-SUGARTOOTH, ex-SOCIAL DECAY, etc.), du bassiste Mike Sicca (également membre de JOHNNY PIPE) et du batteur Tim Schoenleber (ex-GODSPEED et ex-SOCIAL DECAY) ont de quoi impressionner.

Commence alors un set légendaire avec le single "Spiral Will", sorti trois jours avant le concert, et ses croches à la guitare qui déclenchent immédiatement les headbangs, plus ou moins timides selon la connaissance qu’on a du groupe et de sa musique. La voix du chanteur, forte et puissante, convainc rapidement le public. Le frontman fait montre d’une présence unique sur scène en adoptant des postures tantôt cambrées, tantôt plus théâtrales, allant parfois jusqu’à porter le pied de micro pour lui faire frôler le plafond de la salle. Arrive alors "Desert Coffin" dont les riffs tirent davantage vers le doom tout en conservant des motifs simples à mémoriser. De quoi rentrer dans les oreilles et s’y installer pendant quelques temps sans payer de loyer.

Une fois ce deuxième tube achevé, le groupe enchaîne avec "Whistle Pig" qui figure sur son tout premier album. Le chanteur profite de l’occasion pour saluer le public et prendre le temps de rappeler que l’album en question a fêté ses vingt-cinq ans avec un remastering sorti en 2025. Avant de reprendre pour les deux derniers titres du set, Justin Daniels signale avec amusement que le quintet est debout depuis un peu plus de vingt-quatre heures. Bien que ni lui ni les musiciens du groupe ne semblent particulièrement fatigués, on ne peut que comprendre pourquoi les cinq hommes ne s’attardent pas sur scène après leur prestation. "The Light Is A Lie" et "Khan (World of Fire)" illuminent encore la Maroquinerie pendant une quinzaine de minutes avec un stoner rock s’approchant parfois du doom, toujours avec force, maestria et cohésion entre les musiciens.

C’est maintenant au tour d’HERMANO de monter sur scène. Presque un an après le concert donné sur la Valley du Hellfest, le quintet est plus que ravi de retrouver le public français. Seul bémol : la taille de la salle qui, bien qu’étant parfaite pour créer une certaines proximité entre la foule et le groupe, est rapidement étroite au vu du nombre de personnes massées à l’intérieur.

Dès les premiers coups de caisse claire donnés sur "Cowboys Suck" qui initie également le premier pogo de la soirée, on sait qu’on va passer un bon moment : Chris Leathers (batterie), Dandy Brown (basse), Mike Callahan et David Angstrom (guitares) donnent tout pendant que la voix du charismatique John Garcia remplit la salle. Déjà fabuleux au Hellfest, le groupe l’est tout autant dans un espace plus restreint. Le deuxième titre de la setlist est également le premier d’un album : "My Bottle" et son rock entre stoner et heavy blues, chargé en soleil californien, envahit la Maroquinerie sur fond de lumières crépusculaires. La transe commence véritablement et les musiques s’enchaînent comme autant de moments passés dans le désert. Difficile de ne pas s’y projeter vu la chaleur qui règne dans la salle comble, ce qui n’empêche en rien le public de la fosse de se lancer dans un wall of death très honorable.

La setlist s’équilibre entre les différents albums du groupe, « Dare I Say » et « …Into The Exam Room » se partageant la vedette tandis que « Only A Suggestion » et « When The Moon Was High » sont plus saupoudrés au début et à la fin du concert. La quasi-totalité de la discographie du groupe est jouée ce soir, pour le plus grand bonheur des fans de KYUSS et de John Garcia reconnaissables aux T-Shirts visibles dans la fosse. Chacun des titres maintient la transe, depuis le refrain de "Senor Moreno’s Plan" jusqu’aux riffs de "Breathe" qui permettent à chacun.e de tester la force et la résistance de ses cervicales.

C’est une chance que le groupe entame sa tournée par une date parisienne : le quintet est en pleine forme et, même pas rassasié par ses parties de guitare, David Angstrom assure également les chœurs en renfort du chant de John Garcia. La sueur coule à flots, les têtes oscillent et la voix s’emballe sur le final du titre "Alone Jeffe". Entre deux embardées de stoner, John Garcia prend le temps de remercier le public pour sa présence et son enthousiasme. Sans parvenir à se l’expliquer, les passages en France l’émeuvent toujours fortement. Sans surprise, un tel aveu déclenche de forts applaudissements et de nouveaux cris de joie.

Chacun des tubes est l’occasion d’entendre ou de chanter en chœur un refrain iconique, de vibrer au son de la basse et de la batterie et de sentir les cheveux se hérisser de bonheur en écoutant les mélodies de guitare. Après tant d’années d’activité, HERMANO livre des concerts toujours aussi intenses et joue les tubes d’il y a bientôt trente ans avec autant d’enthousiasme. Après un rappel en deux temps formé de "Landetta (Motherload)" et "Our Desert Home", il est temps de dire au revoir à HERMANO qui a offert une soirée légendaire. Pas avare en rencontres, John Garcia signale au public que ses comparses et lui-même prendront le temps de discuter avec les fans une fois remontés au restaurant de la Maroquinerie. De quoi prendre quelques photos et se faire des souvenirs supplémentaires pour garder en tête cette soirée placée sous le signe du stoner californien.
 

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