ACTION/ADVENTURE

Une bande de potes venue tout droit de Chicago, un projet musical et une vidéo TikTok. Vous ne rêvez pas : nous parlons bien d’ACTION/ADVENTURE, le groupe composé de Blake Evaristo (chant), Brompton Jackson (chant, guitare), Adrian Brown (batterie), Manny Avila (basse) et Oren Trace (guitare). Profondément marqués par leurs douze ans d’ancienneté dans l’industrie musicale, les cinq hommes ont raconté leur expérience en tant que personnes racisées dans cette grande machine qui, parfois, broie les espoirs au lieu de leur donner corps. Bienvenue dans « Ever After », le troisième album d’ACTION/ADVENTURE.
 

Pour toi, que signifie « Ever After » ?
Brompton Jackson : Pour moi, cette expression montre qu’on n’arrête jamais de travailler. Ça parle de ce qu’il se passe quand on atteint le but qu’on s’était fixé il y a des années et qu’on peut enfin vivre ses rêves. On change alors d’objectif, on en prend un qui est encore plus loin et on travaille pour atteindre ce nouvel objectif, mais il n’en sort pas que du bon. Même quand c’est difficile, on s’accroche parce que c’est ce qui nous passionne et nous anime.

ACTION/ADVENTURE est devenu viral grâce à la vidéo TikTok que vous avez publiée pour votre single, "Barricades". Vous êtes un groupe composé de cinq personnes racisées. Comment ces débuts ont-ils rendu votre travail dans l’industrie musicale plus difficile que pour des personnes blanches, en particulier dans le milieu rock et metal ? Et qu’est-ce que cette vidéo a apporté à la carrière de votre groupe ?
Cette vidéo nous a vraiment aidés à faire avancer notre carrière, mais en réalité, ça faisait déjà six ans que notre groupe existait quand on a publié cette vidéo. On avait déjà sorti trois EPs et "Barricades" était loin d’être notre premier single. Ça prouve juste qu’il ne faut jamais abandonner ses rêves. La visibilité que ça a amené nous a vraiment aidés à nous faire connaître et il y a quelques moments où on ne s’est pas sentis à notre place, mais ça fait déjà douze ans qu’on est un groupe donc on a largement prouvé qu’on était capables de faire tout ça. On plaisante toujours à ce sujet en disant que de toute façon, on est trop bêtes pour arrêter maintenant.

Vous avez vécu une véritable success story qui a notamment mené à votre signature sur le label Pure Noise Records, ce qui peut être mis en relation avec le fait que les réseaux sociaux sont souvent utilisés pour présenter la plus belle version d’une histoire et la meilleure version de soi-même. Pensez-vous que les réseaux sociaux soient un moyen d’écrire des contes de fées modernes ?
Je pense qu’on peut considérer que les réseaux sociaux sont une forme d’épée à double tranchant. On parle beaucoup de cette dualité dans notre nouvel album : on doit faire de la musique et créer du contenu en plus. C’est comme si on jouait aux échecs en quatre dimensions et qu’on essayait de comprendre ce que l’algorithme voulait qu’on fasse. Ça peut être très démoralisant. C’est important de ne pas laisser l’algorithme nous dicter notre valeur. On doit garder à l’esprit qu’on est beaucoup plus important que notre nombre de followers.

Le premier single de l’album s’appelle "Dayterror" et le dernier s’intitule "Daydream". Peut-on lire l’album comme une évolution qui va de l’angoisse à l’espoir ? Et s’agit-il de votre cheminement personnel au sujet de la façon dont vous percevez l’industrie musicale ?
Oui, ces deux chansons sont les deux faces d’une même pièce. L’industrie est souvent plus brutale que ce que pense la plupart des gens. Dans "Dayterror", on se demande si on a fait le bon choix alors que dans "Daydream", on se rend compte à quel point notre expérience est différente de ce qu’on imaginait au départ.

L’album parle principalement de la désillusion que vous avez ressentie à votre première rencontre avec l’industrie musicale. Quelle vision aviez-vous au début et comment cette vision a-t-elle évolué ? S’agit-il toujours d’un amour à sens unique ?
Il y a vraiment une forme d’amour à sens unique dans notre relation avec la vie en tournée et l’industrie musicale. J’adore faire partie d’un groupe, écrire de la musique, partir en tournée, etc. La vraie question est de savoir si c’est vraiment partagé ou non. Après plusieurs années, c’est parfois fatigant. Mon corps me fait souffrir et ce style de vie fait que j’ai parfois du mal à entretenir certaines relations, notamment certaines amitiés. On manque beaucoup d’événements quand on est sur la route mais même quand j’y réfléchis, je crois que cette vie est la seule qui me convienne vraiment.

Le ton général de votre musique a beaucoup évolué depuis votre premier album. "DAYTERROR" débute avec des riffs très heavy et du scream très fort. Vos inspirations ont-elles évolué au fil du temps ?
Je crois qu’on a juste inclus un plus large spectre de nos goûts musicaux que par le passé. Cette fois, on a écrit un album qu’on aimerait écouter. Ça représente aussi l’image qu’on a de nous en tant que groupe. On avait même une blague récurrente entre nous selon laquelle tout le monde allait me laisser partir dans un délire un peu bizarre et beaucoup plus heavy pour cet album.

Pour cet album, vous avez travaillé avec le producteur Alan Day. De quelle(s) façon(s) vous a-t-il aidés à faire l’album ?
Alan a été incroyable. Il nous a beaucoup aidés à sortir de nos habitudes et de notre zone de confort. C’est lui qui a écrit nos meilleurs chorus et les riffs les plus géniaux qu’on a jamais eus ! Il nous a aidés à donner le meilleur de nous-mêmes tout au long du processus.

Il y a trois invités sur l’album : Dan Lambton (rationale.​, ex-REAL FRIENDS), Ben Jorgensen (ARMOR FOR SLEEP) et Noahfinnce. Comment vous êtes-vous rencontrés et comment l’idée de ces collaborations a-t-elle émergé ?
Ça fait quelques années qu’on croise Dan, on fait tous partie de la scène musicale de Chicago. J’ai adoré ce qu’il faisait quand il était membre du groupe REAL FRIENDS et on adore ce qu’il fait avec rationale. Ça faisait longtemps qu’on voulait faire un titre ensemble et "Something Isn’t Right Here" s’y prêtait parfaitement. En 2023, on est parti en tournée avec Noah, on s’est très bien entendu et on est resté en contact par la suite. On avait aussi parlé d’écrire quelque chose ensemble à ce moment-là. Quand on a écrit "Go Directly To Jail. Do Not Pass Go. Do Not Collect $200", on a su que c’était le titre parfait pour un featuring avec lui.
C’est un peu différent pour Ben parce qu’on est fan d’ARMOR FOR SLEEP depuis le lycée. En 2022, on a fait une tournée avec eux et HAWTHORNE HEIGHTS. On dit qu’il ne faut jamais rencontrer ses héros mais avec eux, c’était vraiment génial : on adore tous les membres du groupe et maintenant, ce sont tous des amis très proches. Un jour, on était en studio pour travailler sur "Breakdown", je discutais par SMS avec Ben à propos de quelque chose de complètement différent et l’idée de travailler avec lui sur ce single est apparue dans mon esprit. Je lui ai demandé : « Est-ce que ça te dirait de faire un featuring sur la chanson sur laquelle on travaille en ce moment ? ». Je la lui ai envoyée et quelques semaines plus tard, il a écrit et enregistré sa partie pour le pont de la chanson avant de nous l’envoyer. Tous les featurings font partie de mes moments préférés de l’album.

Vous avez écrit « Imposter Syndrome » plus à distance qu’en étant tous ensemble, mais pour « Ever After », vous vous êtes réunis pour tout faire ensemble. Comment s’est déroulé le processus cette fois ? Et lequel des deux a été le plus gratifiant et efficace ?
Les deux processus ont leurs avantages et leurs inconvénients mais je crois qu’on a tous préféré le fait d’être tous ensemble : on peut donner nos idées directement et même si ça prend un peu plus de temps de formuler chaque idée, ça nous évite de développer à fond chacune d’entre elles pour, finalement, nous rendre compte qu’elles ne font pas vibrer le reste du groupe. Ça nous évite de retravailler certaines parties et ça nous fait gagner du temps.

Vous faites actuellement votre première tournée en tant que tête d’affiche. Comment se passe-t-elle ?
Jusqu’ici, on s’amuse beaucoup. On est très reconnaissants envers DIVA BLEACH et NOT MY WEEKEND de faire cette tournée avec nous. Ce sont des groupes incroyables ! On s’est beaucoup amusés pendant les concerts aussi et, mis à part quelques problèmes mécaniques qu’on a eus avec notre véhicule, on n’a eu que du positif sur cette tournée !

Dans "Floortime", vous dites que la vie en tournée peut parfois être épuisante. Selon vous, quelle serait la façon idéale d’interagir avec vos fans ? Est-ce que vous feriez seulement quelques concerts chez vous, une expérience à distance, un concert virtuel, etc. ?
La vie en tournée est vraiment éprouvante mais rencontrer nos fans est l’une des meilleures parties de ce métier. Être capable de créer des liens avec d’autres personnes dans le monde entier grâce à notre musique, c’est l’expérience la plus incroyable qui soit et je ne l’échangerais pour rien au monde. Il y a quelque chose dans les concerts qui ne peut pas être reproduit donc je pense que c’est la meilleure manière de créer des liens avec les gens.

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