Scene Queen

Phénomène de culture et de société qui s’est répandu à travers le monde, la scène emo a offert beaucoup de projets extrêmement variés au sein d’une même niche. L’un deux est mené par Hannah Rose Collins qui, après avoir été déçue par ses idoles des années 2000 et leurs débordements, a décidé de prendre le micro et de passer de l’autre côté de la barrière. La déferlante rose bonbon féministe de Scene Queen est donc passée par la France le 8 septembre dernier, au Backstage by the Mill à Paris. Nous avons pu échanger avec Scene Queen « herself » qui nous a reçus juste avant l’ouverture des portes.
 

Ton "disco summer", pendant lequel tu mélangeais du disco et ton style habituel, vient de s’achever avec la sortie du single "Platform Shoes". Comment s’est passé ton été ?
Comme j’ai sorti « Hot Singles In Your Area » l’année dernière, je me demandais encore un peu ce que je voulais faire avec les nouveaux titres de Scene Queen. Je ne voulais pas faire attendre mes fans plus d’un an avant de leur proposer de nouveaux singles donc je suis sortie de ce que je faisais habituellement pour faire quelque chose de drôle et dansant pour l’été. Il se passe beaucoup de choses dans le monde en ce moment donc je voulais faire quelque chose de léger et drôle. Honnêtement, ça a été très drôle ! J’adore le côté glamour et pétillant du disco, mais aussi les parties instrumentales de ce style… En réalité, j’adore tout donc je me suis amusée à faire des chansons funky ! Cependant, je suis totalement prête à refaire des choses plus heavy. C’est difficile de faire des sons qui soient à la fois dansants et heavy, mais je suis prête à réécrire des titres plus énervés. J’ai bien profité de ce temps passé à faire du disco !

Tes singles sortent à des dates très rapprochées (l’album « Hot Singles In Your Area » remonte à août 2024, ndlr) ! Quand avais-tu enregistré les singles qui sont sortis plus récemment ?
Tous les morceaux de « Hot Singles In Your Area » ont été enregistrés un an avant la sortie de l’album et j’ai enregistré ceux qui viennent de sortir, entre la tournée en première partie de PVRIS en Europe et la tournée co-headline "Summer School" aux États-Unis. Donc c’était l’été dernier. On a enregistré plusieurs chansons mais on n’en a sorti que deux… Maintenant, j’ai tout un catalogue de chansons disco inédites et je suis sûre que mes fans seront heureux de savoir que je ne les sortirai pas (rire) ! De toute façon, ils sont toujours en pétard après moi quand je ne sors pas quelque chose (rire) !

Dans ce cas, pourquoi n’avoir sorti que deux de ces chansons ?
Je pense que j’ai toujours vu ces chansons disco comme un interlude très court. Au départ, je voulais en sortir trois ou quatre qui auraient été drôles et joyeuses, mais mon envie a changé : j’étais en colère sur de nombreux sujets sur lesquels je voulais écrire. Quand je suis énervée, j’ai tendance à faire de la musique plus heavy et c’est difficile de faire du disco très heavy et plein de colère. Donc c’est en quelque sorte une version évoluée des deux : j’ai vraiment appris à travers l’enregistrement de ces chansons disco et ça m’a permis de m’améliorer au niveau de la production. J’ai aussi pris le temps de réenregistrer le chant : d’habitude, l’enregistrement de mon chant a lieu le jour de son écriture mais cette fois, je suis allée en studio avec les chansons disco et je les ai refaites. On a pris le temps de réfléchir à tous les arrangements, on a ajouté la guitare funky, les parties de chorales et le reste. Je pense que je vais réutiliser beaucoup de ces éléments plus tard pour créer des chansons plus heavy.

Est-ce que tu avais construit ces chansons comme des chansons de disco avec un zeste de metal ou est-ce que tu les avais écrites comme des chansons de metal avec des éléments de disco par-dessus ?
Pour la première chanson, "L-Shaped Couch", on voulait quelque chose d’un peu heavy et ajouter des éléments de funk au fur à mesure qu’on la construisait. Pour "Platform Shoes", c’était l’inverse : j’avais écrit une chanson disco qu’on a rendue plus heavy après coup, avec des guitares très graves. Donc c’est un peu des deux !

C’est drôle car "Platform Shoes" a fini par être la plus heavy des deux !
Oui ! C’était beaucoup plus facile d’ajouter des guitares graves une fois qu’on avait rendu le morceau funky. Peut-être qu’on aurait dû composer toutes les chansons de cette façon mais ça représentait beaucoup de travail. Je ne sais pas si je referai du disco plus tard mais j’adore ces chansons et c’est très amusant de les jouer en concert ! Ça permet de faire une petite pause dansante pendant le set donc je suis très contente qu’on les ait faites !

 

​Qu’as-tu pensé de la réaction des fans face à cette petite parenthèse ?
Je crois qu’ils étaient un petit peu surpris et confus : ils pensaient que je m’étais définitivement mise à faire du disco. Mais je crois aussi que les gens oublient que j’ai fait un morceau de country ("MILF", ndlr) sur le même album que ma chanson "Climax" qui a un style alt-rock mélangé à une ballade triste, ainsi que mon morceau "18+" et plein d’autres styles ! J’ai toujours essayé de mélanger les styles et je pense que maintenant, les gens devraient arrêter d’être surpris que n’importe quel style puisse être du "bimbocore" (le nom qu’elle a donné à son style plutôt unique, ndlr) ! Je trouverai toujours le moyen d’amener une influence extérieure parce que c’est ce que j’aime le plus dans la musique. J’essaie d’être une porte d’entrée vers le metal pour tout le monde, que ce soit à travers le disco, des morceaux de trap, ou des chansons directement dans le style des chansons pop des années 2000. J’essaie juste de mélanger toutes mes influences. Les prochaines chansons seront plus heavy mais elles n’ont pas encore d’influence commune. C’est quelque chose que je construis au fil du processus.

J’ai l’impression qu’on peut aussi faire l’inverse et faire aimer le disco aux fans de metal avec ces chansons !
Oui, aussi (rire) ! Je suis fière d’être l’artiste la plus heavy qu’un fan de pop aime, mais aussi l’artiste la plus pop qu’un fan de metal aime ! J’essaie de tirer quelque chose de toutes ces influences.

À propos de "Platform Shoes" qui parle d’hommes qui ont peu confiance en eux et qui essaient de te descendre pour paraître plus grands : qu’est-ce qui t’as donné l’idée de prendre cette métaphore des chaussures à plateformes ?
Quand je prépare une période de ma carrière, un peu comme je l’ai fait cette fois, j’essaie d’abord d’imaginer à quoi je veux qu’elle ressemble et tout ce qui rappelle ce style. Donc quand j’ai décidé que je voulais faire quelque chose de disco, j’ai fait une liste des éléments de l’époque qui m’inspiraient. Sur cette liste, il y avait les chaussures à plateforme. Je voulais déjà faire une chanson sur les hommes qui veulent qu’une fille se sente petite. Et ça a fini d’une façon bizarre (rire) ! J’étais en train de faire un footing, j’ai entendu une chanson de country sur les chaussures de cow-boy, j’ai pensé à la phrase : « I don’t want to give you the boot » (« Je ne veux pas te virer à coups de pieds », ndlr) et j’ai repris cette idée. Comme je le disais, j’ai beaucoup d’influences différentes mais c’est la country qui m’a donné l’inspiration pour les paroles (rire) ! Les chaussures à plateformes sont une idée que j’ai eue au moment du "brainstorm" qui a permis de conceptualiser cette période. D’ailleurs, c’est drôle parce que je l’ai teasée en mettant en avant la phrase : « You’re five foot two » (« Tu fais 1m55. », ndlr). Et les gens disaient : « Je fais 1m55, est-ce que c’est un problème ? ». Mais ce n’est pas une chanson sur le fait d’être petit ou petite ! C’est une chanson sur le fait de faire en sorte que quelqu’un se sente tout petit. C’est aussi une blague d’ailleurs, vu que je fais un 1m55 (rire) ! Tout le propos de la chanson, c’est que je suis très petite mais quand quelqu’un est malpoli avec moi, je me mets à son niveau. C’est la blague de la chanson : tu es au même niveau que moi alors que je suis déjà petite. Donc je n’ai rien contre les gens qui sont vraiment petits (rire) !

Quel style aimerais-tu apporter dans ta musique pour la suite ?
Pour être honnête, quand j’écoute ma discographie, je reviens souvent vers "Barbie And Ken" : j’avais beaucoup aimé le côté très théâtral de cette collaboration avec SET IT OFF. Je ne sais pas exactement à quel style ça correspond mais je sais qu’elle est très différente de mes autres chansons. J’aime beaucoup la manière dont je joue : je fais presque du doublage. J’ai écrit une nouvelle collaboration qui reprend ce côté théâtral et je vais essayer d’aller un peu plus dans cette direction. Pareil pour "Pink Hotel" où cet aspect revient aussi. Je pense aussi que je serai un peu moins vulgaire et que je vais davantage concentrer ma colère sur le prochain album. Ça pourrait surprendre le public parce qu’il s’attend à de la musique très sexuellement explicite de ma part mais le prochain album sera beaucoup plus en colère contre le monde et beaucoup plus ciblé.

Mais c’était tout le concept de « Hot Singles In Your Area », d’être sexuellement explicite.
Oui, bien sûr, mais je pense que ça a fait son temps. Je ne pense pas que j’aie beaucoup de matière pour aborder ce genre de sujets pour le moment.

La dernière fois que nous nous étions rencontrés, tu t’apprêtais à sortir ton premier album « Hot Singles In Your Area ». Un an après, quelles chansons ont eu les meilleurs retours en live et en ligne ?
C’est un peu difficile à dire : avec les calendriers actuels des sorties musicales, il a fallu sortir le premier single "18+" presque deux ans avant l’album ! Donc c’est difficile à évaluer. Quand on regarde les chiffres, "18+" sera toujours celui qui aura le plus d’écoutes parce qu’il est beaucoup plus ancien que les autres chansons. Quand j’ai sorti tous les morceaux inédits, je crois que celle qui a beaucoup plu était "Mutual Masturbation". Les gens adorent quand je la joue en live ! Mais il y a aussi beaucoup de nouveaux morceaux que je ne joue pas sur cette tournée et que les gens m’ont suppliée de jouer parce qu’ils les adorent ! Par exemple "Girls Gone Wild" que j’avais faite avec WARGASM ! J’ai une théorie au sujet des collaborations : elles ne seront jamais aussi cool que quand on les joue pour la première fois. WARGASM l’a écrite avec moi donc je pense que je vais devoir attendre de tourner avec le groupe pour la jouer, sans quoi je vais devoir chanter les parties de chant de trois personnes ! Pas seulement celles Milkie, mais aussi celles de Sam (Milkie Way et Sam Matlock, les membres de WARGASM, ndlr) ! Les gens vont devoir continuer à l’écouter sur album jusqu’à ce que ça arrive ! Mais je pense que les plus populaires sont sûrement "Mutual Masturbation" et évidemment "18+" et "Finger". En fait, les gens connaissent bien les singles.

Pour rester sur les sujets de "18+" et de "Mutual Masturbation", on constate que de nombreux groupes accusés de beaucoup de choses différentes sont revenus sur le devant de la scène, parfois encore plus haut qu’avant leurs accusations. En même temps, on observe aussi l’émergence d’une scène engagée, féministe et pro-LGBTQ qui monte d’un autre côté de la scène emo et metalcore, notamment avec de nombreux groupes menés par des femmes. Est-ce qu’on n’atteindrait pas la limite de la scène, et est-ce qu’aujourd’hui, il n’y aurait pas en réalité deux scènes différentes que tout le monde essaie de ranger dans le même panier ?
Je suis complètement d’accord. Je ne sais pas si c’est le cas en France, mais aux États-Unis, il y a un mouvement rock radicalement conservateur et il y a aussi un mouvement rock radicalement pro-LGBTQ. Bizarrement, j’ai plutôt tendance à me diriger vers ce dernier (rire) ! J’ai l’impression qu’il y a une contre-culture au sein même du rock. Je suis entrée dans le rock parce que c’était censé être l’antithèse de tout ce qui penchait vers la droite. C’était un espace où tout le monde pouvait se sentir en sécurité et je trouve étrange que le rock soit utilisé pour développer ce genre d’idées conservatrices. Pour ma part, ce que j’aime le plus chez mes fans, c’est qu’ils acceptent tout le monde : ils acceptent les gens queer, les femmes, ils sont radicalement féministes… J’essaie de ne me préoccuper que de ce côté-là et pas de l’autre. J’essaie de ne pas me préoccuper des groupes "cancel", de ne pas m’inquiéter quand je les vois grandir et je fais de mon mieux pour favoriser la communauté qui correspond à ce que j’aime. Finalement, la montée de tous ces groupes féminins fait qu’il y a actuellement beaucoup de femmes qui s’entraident au sein de la scène et c’est ce qui la fait grandir ! D’ailleurs, on l’a vu avec le single d’EVANESCENCE, Poppy et Courtney LaPlante. Si on regarde un line-up proposé par SPIRITBOX, il y aura quasiment toujours une autre femme dessus, ce qui est dingue parce qu’elle tourne avec des groupes de hardcore. Cette scène est beaucoup plus petite et les femmes n’y ont pas toujours été valorisées ! Donc il faut vraiment favoriser l’entraide ! C’est pour ça que je suis si reconnaissante envers PVRIS : sur la dernière tournée, le groupe nous avait emmenées Sophie Powers et moi. J’essaie toujours d’emmener des femmes avec moi en tournée. Je pense qu’il y a vraiment deux scènes en ce moment mais j’ai l’impression que les femmes se sécurisent entre elles et j’en suis très reconnaissante.

Pendant un de tes concerts, tu as raconté que quand tu avais seize ans, tu n’avais pas grandi avec les bons modèles au sein de la scène, et que maintenant que tu en as vingt-huit, tu veux pousser les bons groupes pour que les gens grandissent avec de meilleurs modèles que les tiens. Quels sont les groupes que tu aimerais conseiller à notre lectorat ?
Parmi les groupes que j’aime beaucoup et que je connais personnellement, je trouve que MAGNOLIA PARK est vraiment cool et je pense qu’ils repoussent les limites des différents genres musicaux : ils ont commencé avec un style pop punk avant de faire du metalcore. Je pense qu’il faut aussi qu’on tire les personnes de couleur vers le haut : historiquement, ce sont les hommes blancs qui deviennent les plus grandes stars du rock mais j’aimerais vraiment voir autre chose. Et ce groupe est très talentueux ! Josh (Joshua Roberts, chanteur de MAGNOLIA PARK, ndlr) est un chanteur exceptionnel. J’adore MAGNOLIA PARK ! Il y a aussi un jeune groupe que j’aime beaucoup qui s’appelle DAISY GRENADE. Je trouve qu’ils sortent certaines des meilleures chansons de pop rock alternatif du moment. J’aime aussi beaucoup cette artiste qui s’appelle Vana et qui fait quelque chose de similaire à ce que je fais : un mélange entre metal et pop mais d’une manière différente de la mienne. Et évidemment, tous les groupes avec lesquels j’ai tourné à ce jour. Je n’ai même pas besoin de le dire mais LAKE MALICE est phénoménal (autrement, je ne les emmènerais pas en tournée) ! Mais les deux groupes qui m’enthousiasment le plus en ce moment sont vraiment MAGNOLIA PARK et DAISY GRENADE qui représentent des facettes très différentes de la musique.

D’ailleurs, le style "bimbocore" commence à se répandre, notamment avec l’existence de BRAT qui a un style un peu plus heavy.
Oui, c’est un style très différent mais vraiment drôle ! Je pense qu’il y a toute une vague qui a commencé au même moment, qui représente le féminisme tout en s'amusant des clichés que les gens ont. J’en suis très contente (sinon je ne ferais pas ce que je fais) ! 

Quelle chanson de ta setlist représenterait le mieux ton humeur aujourd’hui ?
Je pense que celle que je préfère jouer en ce moment est "Platform Shoes" parce qu’elle est nouvelle. J’adore aussi chanter "Pink Panther" tous les soirs parce qu’elle est ouvertement et fièrement queer ! J’ai l’impression que la communauté queer subit beaucoup de choses en ce moment. Les paroles de cette chanson ne sont pas très graves, elle sont très amusantes donc les gens sont prêts à se lâcher et s’amuser pendant que je la joue. Je pense que c’est le meilleur moment de mon set parce qu’il y a une joie queer indéniable pendant cette chanson. Je crois que c’est celle que j’ai le plus jouée depuis qu’elle est sortie : elle est toujours dans mon set et les gens adorent la chanter. Donc je suis toujours très enthousiaste quand je la joue, même après tout ce temps. Parfois, on peut se lasser de certaines chansons : par exemple, j’ai joué un million d’arrangements différents de "Pink Rover" aujourd’hui, et je ne peux pas dire que je ne l’aime pas, mais par exemple, voir les visages et les regards des gens quand je joue "Pink Panther" me rend toujours heureuse. C’est celle qui fait le plus sourire le public parce que les paroles ne sont pas remplies de colère donc ils ne me gueulent pas les paroles dessus (rire) ! C’est vraiment sympa de voir les gens sourire et danser !

Comment t’es-tu préparée pour cette première tournée en tant que tête d’affiche en Europe ?
Avec beaucoup d’anxiété (rire) ! J’ai été nerveuse pendant environ trois semaines ! C’est évidemment terrifiant. J’ai joué au Royaume-Uni un million de fois et j’y ai fait plusieurs tournées en tant que tête d’affiche, c’est toujours assez confortable pour moi parce que ma popularité est montée là-bas avant de grimper dans les autres pays. J’y ai même été tête d’affiche avant que ça ne soit le cas aux États-Unis ! Donc je n’étais pas très nerveuse pour la première moitié de la tournée mais beaucoup plus pour la seconde. C’est la première fois que je joue en tant que tête d’affiche à Paris et je me lance aussi sur le marché allemand pour la première fois. On ne peut jamais vraiment savoir comment on sera reçu donc j’essaie de ne pas trop stresser parce que j’apprendrai quelque chose quoi qu’il arrive. Je suis curieuse de voir lesquelles de mes blagues fonctionnent ici parce que c’est quelque chose qui me stresse quand je pense à mon concert à Paris ! Je me disais : « J’espère que mes blagues seront drôles ! ». Je parle beaucoup entre les chansons et j’espère que ça va aller. On verra bien (rire) !
 

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