NOT SCIENTISTS

Formé au début des années 2010 par Ed et Jim, NOT SCIENTISTS s’est rapidement imposé avec un son qui conjugue énergie punk, clarté des guitares et mélodies entêtantes. De clubs en festivals européens et américains, le groupe s’est forgé une solide réputation scénique, transformant la curiosité du public en attachement durable. NOT SCIENTISTS était de retour en septembre avec « Voices », un nouvel album dont Ed (chant / guitare) et Fred (guitare / chant) nous en disent plus…
 

En introduction, parlez-nous de l’artwork de votre album, avec ses deux personnages qui se font face, comment a-t-il été conçu ?
Ed : Toutes nos pochettes depuis nos débuts sont faites par la même personne, Ulrich Totier, qui est graphiste, illustrateur, tatoueur, dans l’animation… Bref, c’est un génie génial de l’image. En général, pour chaque album on lui envoie les démos, les titres des morceaux et de l’album et il a ensuite carte blanche pour donner son interprétation de tout ça. On a donc souvent des pochettes qui sont libres d’interprétation puisque chacun peut y voir ce qu’il veut. Nous, on préfère entendre ce que les gens voient plutôt que de dire ce qu’on pense qu’il faut y voir, histoire de ne pas fausser la lecture de l’illustration. 

Il vous en fait un retour ?
Fred : Non pas vraiment.
Ed : Il faut savoir qu’on habite tous très loin les uns des autres, lui est à Valence, je suis à La Rochelle, Fred est à Mont-de-Marsan, donc on n’a plus trop l’occasion de se voir et de discuter de ce genre de trucs. Mais c’est vrai que ça pourrait être intéressant de le faire !

Cet album regorge d’influences différentes. Il y a bien l’étiquette punk-rock qui ressort, mais aussi des accents new wave ou même du chant accrocheur façon pop. C’est une démarche calculée ou juste l’expression de vos influences variées ?
Ed : Alors on ne réfléchit pas en ces termes là, on est continuellement en train d’essayer de nouvelles choses et pour cet album les seules remarques qu’on s’était fait c’était qu’on voulait revenir à un peu plus de refrains, ce qu’on avait un peu délaissé sur l’album précédent où on était plus dans la recherche de sons et d’expérimentation. Qui dit refrain dit mélodie et c’était la seule chose un peu réfléchie, là où le reste vient plus du fait d’expérimenter et d’essayer de nouveaux trucs.
Fred : Il y a quand même des synthés et il y avait beaucoup de choses qui avaient commencé avec des synthés. On avait tous cette envie de continuer avec des sons un peu froids et des expérimentations un peu synthétiques. Mais sinon il n’y a pas ce côté « là on va faire tel truc… » Pour te dire, une seule fois j’ai dit « on va faire une chanson, je vous envoie un tempo et je veux qu’on ait ça ». Et le machin sans cheveux, là, il m’a dit « oh j’ai fait un truc, par contre j’ai pris moitié moins niveau tempo ». (rires)

C’est aussi le charme des compositions, on part de quelque part mais à la fin on peut arriver totalement ailleurs…
Ed : C’est ça ! Et puis à chaque fois que je me suis posé pour composer en imaginant faire quelque chose d’une certaine manière, à la fin ça n’a jamais rien à voir avec ce que je m’étais dit au départ et tout le monde cite plein d’influences, sauf celles qu’on voudrait ! C’est ce que j’adore avec ce groupe : chaque personne avec qui on parle va nous citer des groupes différents en termes d’influences avec parfois des surprises, un peu comme la pochette finalement !

L’album est intense, 12 titres pour un peu plus de 40 minutes, et il se passe pas mal de choses au sein même d’un morceau. Là aussi, on peut donc avoir plusieurs références qui se succèdent. Par exemple, sur le chant, j’ai pu trouver un côté nonchalant à la NADA SURF, et la minute d’après un ton new wave typé THE CURE, vous avez là aussi opté pour une palette variée, non ?
Ed : Pour ça, je pense que ça vient du fait qu’il y a des groupes sur lesquels on se retrouve tous, mais à côté de ça on écoute tous les quatre des trucs super différents. Cela peut aller du jazz au flamenco au hardcore au metal et au punk. Une fois qu’on met tous nos idées ensemble, et bien il se passe ce genre de choses.

Vous gardez un cap en tête pour garder "votre" son ?
Ed : Je pense qu’effectivement, au fil des albums, nous avons réussi à trouver un socle, notre son, et même si nous expérimentons à partir de là, j’ai le sentiment que les gens reconnaissent notre musique.
Fred : Oui, il y a quand même un son et une voix. Même au niveau harmonique, même moi qui essaie toujours de repasser derrière Ed quand il m’envoie des compos et que je suis tenté de dire « ça il faut le changer parce que c’est trop facile », il y a des moments où je me dis « ça il faut peut-être le garder parce que c’est totalement NOT SCIENTISTS ». Et c’est cool que ce soit identifiable.
Ed : Pour un groupe c’est l’un des trucs les plus durs à acquérir de trouver "son" son, donc au fil des années j’ai l’impression qu’on a réussi à atteindre ça.

Carrément ! Côté textes, on est sur des thématiques variées même si ça tourne beaucoup autour des ressentis, vous pouvez nous en dire plus ?
Ed : Alors côté textes en général c’est moi qui m’y colle, j’écris sur ce que je sais et je ne sais pas grand chose (rires), donc je suis plus sur des ressentis. Et en ce moment, les ressentis ne sont quand même pas terribles globalement. Quand on regarde nos téléphones ou qu’on allume la télé, c’est vrai qu’on vit une période assez angoissante donc voilà je pense que ça ressort dans les paroles.

La chanson "Phone" a un côté "no future" qui n’aurait pas déplu aux PISTOLS, sur un théme résolument moderne par exemple…
Ed : Au niveau du passé et du futur, c’est sûr que quand on oublie le passé comme c’est le cas maintenant, il y a plus de chances de reproduire les mêmes erreurs et c’est ce qui est en train de se passer en ce moment.
Fred : Je n’interviens pas au niveau des paroles, c’est lui qui s’y colle. J’ai toujours fonctionné comme ça avec la fratrie, d’ailleurs avec son frère Forrest, je dis carrément « je ne préfère pas savoir ». 

Vous composez tous les deux, donc côté processus créatif, c’est un peu la poule et l'œuf : elles partent de qui vos chansons ?
Fred : On s’échange des fichiers. En général quand Ed m’envoie une instru, il a souvent collé une idée de chant dessus donc je viens modifier ou ajouter des choses et ensuite ça passe entre les mains de chaque membre du groupe qui va y mettre sa patte et c’est d’ailleurs pour ça qu’à la fin tu as tout autre chose que la démo du début. (rires) Et à ce moment-là, ça passe entre les mains de Santi Garcia, notre producteur, et c’est encore pire et c’est exactement ce qu’on lui demande. (rires)

Il prend vos idées et suggère une autre vision ?
Ed : Santi c’est plus en termes de production de son qu’il intervient et pas forcément sur la mise en place des morceaux comme le terme "producteur" le dit. Lui c’est plutôt qu’on va arriver avec des idées et une manière de les faire sonner, on va lui donner une direction et il va sortir des idées qui vont encore plus loin que ce qu’on pensait ou qui vont carrément nous emmener dans une autre direction au niveau des textures. C’est vraiment un magicien et il va suggérer telle ou telle pédale. Et si tu penses savoir quel usage faire d’une pédale, en fait non il va t’en faire jouer autrement en te disant « essaie ça, prends pas ça » et à la fin ton son est totalement différent.
Fred : C’est un peu le cinquième membre du groupe quand même. Et celui à cause de qui on est obligés d’acheter beaucoup trop de pédales après chaque passage en studio ! (rires)

C’est ça le problème après, c’est qu’il faut faire sonner tout ça en live !
Fred : M’en parle pas !
Ed : On a fait une résidence de trois jours pour bosser et essayer de reproduire les sons de l’album, ça n’a pas été facile mais je crois qu’on s’est pas trop mal démerdés ! (rires)
Fred : On essaie de faire un maximum de choses en live. On a beaucoup joué avec des fuzz sur les guitares par exemple pour essayer de reproduire des sons un peu synthétiques et c’est cool ça a bien marché, du coup on n’est pas obligés de trop tricher et je crois qu’on a mis le nez dans un univers de pédales et d’effets qui est cool et qu’on va encore plus explorer pour le prochain album ! Après attention, on n'est pas en train de dire que tout est hyper novateur dans ce qu’on propose, mais on part de très loin. C'est-à-dire que moi, quand j’ai commencé, il y a 20 ans, j’avais une guitare et un accordeur. Et je trouvais que l’accordeur, c’était déjà beaucoup quand même… Et là, on se trimballe avec une douzaine de pédales et c’est cool ! (rires)

Je vous propose maintenant de faire un focus sur certains morceaux. J’ai par exemple beaucoup aimé "The City Calls". Au début je me suis dit « ah c'est une chanson, je me vois bien sur la route, en mode road-trip, avec ça dans l'autoradio », le cliché du film. Et puis ensuite, il y a cette bascule un peu plus sombre qui arrive. Pouvez-vous m’en dire plus ?
Ed : Alors ce morceau, déjà, fait partie des morceaux qu’on a composé tous ensemble, ce qui est un peu rare parce qu’on habite tous un peu loin les uns des autres. Ce morceau est parti d’un riff et ensuite on a tous composé ensemble et il a continué à évoluer à distance. Pour cette deuxième partie dont tu parles, je ne sais plus comment elle est arrivée dans le processus…
Fred : Cette espèce de guitare à la con, c’est un truc un peu trituré… on est allés la chercher loin harmoniquement celle-là, mais c’est cool et je suis content de cette partie !

J’ai aussi particulièrement retenu "Cul de Sac", qui pour moi se distingue un peu des autres. Il cogne fort et en même temps il a cette fin plus lancinante, si vous voulez bien me parler de ce côté "deux salles, deux ambiances" ?
Ed : Là sur ce morceau par exemple, quand Fred a rajouté sa guitare, ça a complètement modifié l’ambiance du morceau. Dès le début, il a une guitare qui donne une ambiance particulière. L’impression que ça m’a fait quand je l’ai entendue peut se résumer par un mot qui m’est venu en tête : "cinématographique". Il y a un côté musique de film un peu, c’est ce que ça m’a fait. C’est vrai que ce morceau il se démarque. Bazile a une partie de batterie complètement incroyable. C’est aussi un truc qui est cool: même si l’un de nous écrit un morceau, une fois que tout le monde y a mis sa patte, ça transforme tout en fait. Bazile a cette capacité, parce que c’est le meilleur batteur que je connaisse, à faire que lorsqu’il pose ses parties de batterie, ça puisse changer tout le style d’un morceau. Fred a aussi cette force-là avec sa guitare, tout comme Tatane à la basse. Tant que tout le monde n’a pas mis le nez dans le morceau, on ne peut pas dire à quoi il va ressembler.
Fred : C’est super intéressant que tu relèves ce changement de tonalité ou ce côté "deux salles, deux ambiances" comme tu dis, parce que ça je ne suis pas sûr qu’on arriverait à le mettre en place avec une méthode à l’ancienne avec tout le monde dans la salle de répète à créer le morceau. Ce ne sont pas des ambiances et des circonstances propices à ce genre de trucs là. Le fait d’être devant son ordinateur permet peut-être d’être un peu plus cérébral. Des fois c’est pas bien, mais quelques fois on peut se triturer le cerveau pour explorer et arriver à un truc un peu différent ou surprenant, et ça c’est cool. Merci la modernité !

Tu veux dire que tu vas pouvoir plus appliquer une théorie musicale en conscientisant des accords complexes ou des dissonances par exemple ?
Fred : Carrément !
Ed : Alors ça c’est un truc qui est propre à Fred, parce qu’un autre truc que je trouve intéressant dans notre alchimie c’est que j’ai une manière de composer assez brute, voire punk, simpliste, et Fred intellectualise beaucoup plus la musique. Il a plus de connaissances en la matière et quand je lui envoie des fichiers par exemple, je sais que quand il va me les renvoyer je dois m'asseoir confortablement dans ma chaise, parce que je sais qu’il va y avoir des surprises. (rires) C’est cool parce que ce mariage entre nos deux manières de composer marche super bien.

« Tu vois ton power chord, là ? Et bien on fait plutôt un accord neuvième »…
Fred : Exactement ! (rires)
Ed : Et du coup, moi derrière il faut que je réapprenne à jouer de la guitare parce que mes doigts ne savent pas faire ça ! (rires)
Fred : Des fois, il y a des blancs quand je lui renvoie et que je demande « alors tu en penses quoi ? », le temps qu’il réécoute 72 fois. (rires) Et dis toi que j’ai pris mes 74 idées, j’ai réduit à 12 et je me suis dis « je suis fier de moi, j’ai envoyé un truc simple, facile à digérer » mais… (rires).

Je me suis fait la remarque sur "Maze" qu’il y a beaucoup de chœurs et que ça en fait un morceau qui peut être repris par le public, est-ce que cette dimension live vous l’anticipez au moment où vous composez ?
Ed : Pas vraiment. C’est plutôt après coup qu’on se dit « tiens, celui-là il va être cool en live ». On n’y pense pas vraiment au moment de l’écriture. On devrait ! Le problème avec ce qu’on t’a dit juste avant, c’est que si on devait faire un “sing along”, ce serait un truc de math rock ou du jazz… (rires)

Le titre "Voices" donne son titre à l’album également, pourquoi votre choix s’est-il porté sur cette chanson ?
Ed : Je pense que le titre a un côté un peu mystérieux. On rentre un peu dans la psychologie: les voix on en a tous, dans des conversations qu’on a avec nous-mêmes. Parfois, dans ces conversations, il y a des voix de l’extérieur qui viennent s’en mêler et tout ça se passe dans nos têtes, en étant différent pour chacun. C’est comme un univers qui se crée. La pochette, alliée au titre de l’album, crée un sens qui pourra être un peu différent d’une personne à l’autre, mais je trouve que si t’écoutes le morceau tout en regardant la pochette, ça fait sens.

La pochette a un côté "personnalités multiples" oui…
Fred : C’est cool parce que c’est comme pour les morceaux, tu peux y voir plusieurs sens, plusieurs ambiances. C’est définitivement un disque de vieux, dans le sens où pour nous c’est important de faire un ensemble de 12 morceaux qui ont un ordre, un titre, une pochette… Ce disque surtout s’écoute en entier parce qu’il se passe des choses différentes jusqu’à la fin.
Ed : Souvent quand on va en studio, on essaie de faire des morceaux en plus, mais là pour cet album on s’est concentrés sur les 12 qui nous semblaient les plus forts, on a abandonné les autres au fur et à mesure pour garder toute l’énergie sur ceux-là. Par contre, il y a eu beaucoup de versions différentes de ces morceaux avant d’aboutir à ce résultat.
Fred : Si on avait gardé tout ce qu’on n’a pas sélectionné, il y a encore de quoi faire deux albums !

Vous jouez à la Maroquinerie en février et vous avez commencé à tourner, avez-vous déjà des retours ?
​Fred : On a fait une salve de quatre dates, avec Lyon, Paris, Nantes et un festival à Royan et on a eu plein de bons retours. On a fait le choix de mettre 11 nouveaux morceaux sur 16 dans le set parce que tous les membres du groupe apprécient ce nouvel album. Mais c’est vrai qu’après le premier concert où on en avait carrément mis 12, on en a enlevé un pour remettre un ancien. Cela reste très cérébral pour l’instant parce qu’il faut penser très fort aux parties qu’on est en train de chanter et jouer. J’avais pas vu venir le truc, mais j’ai des parties de guitare où il faut que je chante en plus, ça m’a demandé un peu de taf… Notamment sur "Maze", pour le refrain, je me suis dit « quel enfer ! » (rires) C’est extrêmement gratifiant sur les retours quant à la proximité du live par rapport au disque, donc c’est super chouette ! On a hâte que ça soit un poil plus automatique, un poil plus mécanique dans nos têtes et de pouvoir en profiter un petit peu plus sur scène. Et ça arrive à grands pas, avec une vingtaine de dates d’ici à décembre, et plein de choses dans les tuyaux pour 2026 !

 

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