BLACKRAIN : MatH

"It Begins", votre nouvel album a été produit par le légendaire Jack Douglas, peux-tu me parler un peu de cette collaboration ? 
Il se trouve que notre producteur / manager Dany Terbeche a été son manager dans les années 80. Ils ne s'étaient pas revus depuis 15 ans et avaient repris contact comme ça pas hasard sur Facebook grâce à la magie d'internet. A cette occasion Dany a appris que Jack allait descendre au festival de Cannes pour défendre un film dont il avait fait la musique, un film de Martin Scorsese, Jack l'a donc invité, simplement pour se revoir. A cette époque nous étions en plein travail sur notre nouvel album, et Dany lui a donc laissé quelques démos que Jack a par la suite écouté chez lui aux Etats-Unis, puis il nous a rappelé pour nous dire qu'il désirait vraiment produire l'album. Il avait été interpellé par les mélodies, le travail des choeurs, c'est le truc qu'il avait vraiment retenu. Il nous a même confié que ça faisait longtemps qu'il n'avait pas entendu un travail comme ça ! A ce moment là il était en train de préparer l'enregistrement du nouvel album d'AEROSMITH (ndlr : "Music From Another Dimension), et ça a beaucoup traîné… Donc on l'a beaucoup attendu ! (rires) Une fois ce projet bouclé il est venu jusqu'en France, et à partir de là le travail a été assez rapide, car l’enregistrement n'a pas duré plus d'un mois. Je dois dire qu'en amont nous avions déjà travaillé pendant au moins 1 an, donc de ce fait l'album était déjà écrit et arrangé de A à Z. Nous lui avons présenté 17 chansons, il en a supprimé 2, et les 11 chansons qui figurent sur l'album ont été sélectionnée tous ensemble. 

"It Begins" ("Ça commence" en français), mais malgré tout BLACKRAIN a tout de même 3 albums et 2 EPs dans des valises, c'est pas un peu curieux comme choix de titre ? (rires) 
(Éclat de rire) Ouais ! C'est justement pour attirer la curiosité que nous avons fait ça… Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui se diraient : "Bon les mecs ont enregistré avec un producteur légendaire, ils signent avec une major, donc ça y est ils se prennent pour des stars" mais non, pour nous c'est uniquement le début ! Par le passé nous nous sommes débrouillés par nous-mêmes, et nous avons cherché à construire cette équipe autour de nous qui est maintenant au complet : on a nos techniciens, notre matériel, on est propriétaires de tout… On a notre boite de production, d'édition, un label qui nous permet de travailler dans de bonnes conditions, un tourneur, donc voilà quoi : "It Begins" ! (rires) Y a plus qu'à ! 

C'est une façon d'annoncer que vous gardez les idées claires ? 
Oh oui, on est totalement conscients qu'il faut constamment se renouveler, se dépasser, ça c'est clair. On sait par exemple que si on ne vend pas assez d'albums on ne continuera surement pas avec Sony parce qu’on fera jeter quoi ! Il n'y a pas de gloire ni de réussite hâtive, nous on essaye de gravir les marches les unes après les autres en faisant ce qui nous passionne par dessus tout, c'est à la fois notre métier et notre passion, c'est notre vie…   

A quoi ressemblaient les débuts de BLACKRAIN ? 
On était vraiment tout seuls, je crois même qu'aucun des membres du groupe n'a appris la musique ! (rires) Enfin, peut-être quelques-uns au début pour apprendre un peu la guitare, mais on vient d'un petit patelin paumé au milieu de la Haute Savoie, on connaissait absolument personne, et dès le début on s'est dit : "On veut conquérir le monde.". On est ensemble depuis 10 ans, peut-être même plus si on compte les répètes dans les chambres… Pour tout te dire, tu vois Max2 et Swan étaient au collège ensemble, et moi ma soeur était en primaire avec Swan ! (rires) Donc c'est vraiment une affaire très familiale ! Et oui dès le début dans notre chambre on s'est dit qu'on voulait devenir le plus grand groupe de la planète, on l'a dit, mais on a aussi toujours essayé de le faire. C'est à dire que dès le début on s'interdisait de manquer une répète, on se mettait tous les pressions les uns les autres, et on continue à le faire encore aujourd'hui… C'est une pression positive. 

Tu te rappelles le moment de votre carrière où vous avez senti un vrai changement de catégorie ? 
Ça je ne sais pas… Peut-être que c'est maintenant ? En tous cas il y a un moment important qui a été notre première tournée, qui s'est faite au japon. On y est allé un peu au culot, pour discuter avec l'organisateur on avait inventé un faux manager, un pote qui avait 18 ans à l'époque ! (rires) C'était une catastrophe, on était pas très bons, c'était assez fou comme première histoire… A la sortie de cette tournée qui a duré quand même plus d'un mois, on s'est dit : "Là c'est vraiment vraiment clair, c'est ça qu'on veut faire, et rien d'autre.". Tout a toujours été dirigé dans ce sens là, même à l'époque quand on avait des boulots. C'était très prenant d'alterner boulot, tournées, albums, on ne pensait qu'au groupe, même quand on était au taf. Je pense qu'on sent qu'il se passe quelque chose à chaque instant, à chaque fois que l'on décroche un nouveau truc, forcément on est super contents, mais on se dit aussi qu'on a encore plein de choses à faire ! (rires) T'as une super chronique t'es content, là on vient de recevoir la box édition limitée et quand tu vois ça avec ton nom écrit sur le truc en argent t'es comme un fou quoi ! Mais tu penses toujours à la suite. Tu vois on est déjà sur la composition du prochain album alors qu'on a même pas encore promu celui-là ! (rires) On est obligés !   

La chanson "Blast Me Up" parle d'un certain Brian, s'agit-il d'un hommage ou d'un délire à la "18 & Life" de SKID ROW ? 
C'est une chanson qui a été écrite pour deux potes, la première partie parle de Tony, qui est le neveu de notre manager et qui été un vrai gangster pendant des années et des années, puis qui s'est rangé, marié et a maintenant une vie paisible. Donc voilà un mec qui a déconné quand il était jeune mais qui a toute la vie devant lui, et puis il y a notre pote Brian qui bouffait la vie à 100 à l'heure. Il faisait du base jump, du saut de falaises en parachute, et malheureusement une fois le parachute ne s'est pas ouvert correctement et il est décédé… Cette chanson est un portrait croisé de ceux deux mecs, et dans un sens c'est ce genre de personnes qui nous donnent l'énergie pour avancer, car nous mêmes nous faisons toujours tout à fond. A chaque fois qu'on pense à ce pote il y a une émotion qui remonte, on l'a même mis dans la vidéo, c'était super important pour nous… 

Ah oui, les images de base jump ! 
Voilà, exactement ! C'est les dernières images qu'on a de lui en fait, c'est un hommage à un pote, mort un peu trop jeune… De toute façon toutes nos paroles parlent de nous, on ne va pas parler du Sunset Strip ou je ne sais quoi alors qu'on n'habite pas à Los Angeles quoi ! C'est ce que HANOI ROCKS faisait d'ailleurs, alors qu'ils étaient finlandais ! (rires) Non non, nous toutes nos paroles parlent de nos expériences passées.

Il y a une chanson qui m'a beaucoup intriguée, c'est "Re-Evolution – New Generation". Tu peux m'en parler un petit peu ? C'était une décision commune de vouloir faire un titre "à part" ? 
Autant "Blast Me Up" a été écrite en une demi-journée, sans avoir été retouchée, autant pour "Evolution" ça a duré 1 an et Jack une fois rentré à Los Angeles nous a renvoyé les bandes pour qu'on retouche ce que l'on avait envie de retoucher et on a réenregistré des choses dessus. Puis lui même a encore rajouté de choses, il travaille dans les musiques de films dont il a à sa disposition toute une palette de musiciens. Il y voyait un côté très narratif, au départ c'était juste un cri de révolution dans le sens : "On veut bouffer le monde ! On arrive". C'est une idée qui nous est venue d'une soirée à la base, d'un pote qui nous a chanté ça : "We are the new generation !" et puis petit à petit la chanson a évoluée, et on a vraiment eu du mal à avoir la forme finale, c'est la chanson la plus longue et la plus travaillée. 

C'est Jack Douglas qui parle au début, non ? 
Exact oui, et comme on a entendu sa voix en ouverture sur l'album d'AEROSMITH on s'est dit qu'on voulait la même chose ! (rires) En plus il a une voix parfaite pour ce genre de choses, on aurait jamais pu faire un truc comme ça sans lui. Il y avait un truc qui était vraiment magique dans cette chanson, c'est le moment où on a enregistré les choeurs, quand on dit : "We are the new rock generation ! We are the new generation !" on était tous en train d'enregistrer ça en le murmurant au début et il y avait Jack avec nous. C'était vraiment bizarre parce que t'avais un mec qui avait vécu quasiment les débuts du rock'n'roll qui chantait ça avec nous à côté, on avait vraiment l'impression de vivre un espèce de passage de témoin, c'était ultra particulier. C'est dommage, on a filmé tout l'enregistrement pour le DVD bonus et on n'a pas gardé ces images et j'aurais vraiment aimé les avoir. 

Vous semblez avoir construit quelque chose de fort avec ce producteur, c'est quelqu'un avec qui vous aimeriez retravailler dans le futur ? 
Il y a beaucoup de questions d'emploi du temps là-dedans, après nous il est reparti refaire l'album de CHEAP TRICK, il est pas tout jeune, faut penser ça aussi… Même si on espère qu'il va vivre encore pendant longtemps ! (rires) Enfin non mais non mais je lui souhaite rien, mais bon, on ne peut jamais savoir. En tous cas il y a une complicité qui s'est créée assez rapidement, ça c'est clair, et d'ailleurs il va revenir en France pour la promotion de l'album, car il veut vraiment le défendre. Ce n'est pas seulement un producteur qu'on a trouvé, qu'on a payé très cher pour dire qu'on le faisait avec un américain, non, cet album est aussi devenu son bébé, c'est une rencontre. 

Grâce à Facebook…
D'une certaine façon oui ! Mais c'est marrant parce que les premières tournées qu'on a faites c'était pareil, bon au départ c'était Myspace, mais on contactait les clubs etc de cette façon là aussi. Bon après il y a aussi un côté un peu chiant d'internet dans toutes les discussions, tout le monde ramène sa fraise, tout le monde balance, cachés derrière des pseudonymes… Et en même temps il y a un côté qui est génial où tu peux retrouver des potes que tu n'as pas vu depuis 15 ans, contacter un mec à l'autre bout du monde, enfin voilà c'est un peu magique ! 

Il y a une autre chanson dont j'aimerais que nous parlions, il s'agit de : "Ho Hey Hey Hey Hey". Bon déjà, gros travail sur le texte ! (rires) 
Ah ouais mais carrément, celle-là ça a mis du temps à maturer ! (rires)

C'est un gimmick concert que vous avez voulu reproduire sur l'album ? C'est quoi son histoire à cette chanson ? 
Alors voilà, c'est le chant du groupe en fait. Tu ne connais pas forcément tous les albums mais c'est un petit peu notre signe de ralliement qui est présent sur tous nos disques, et là il se trouve qu'on en a fait carrément un refrain. Le public se l'est un petit peu approprié, il se trouve qu'avant qu'on monte sur scène de plus en plus de gens le chantent. Donc voilà, là c'est dans le refrain d'une chanson, la prochaine fois on le mettra ailleurs… Je pense que c'est un truc qu'on va constamment garder. D'où ça vient par contre, parce qu'on ne l'a pas inventé, ça vient en réalité de notre première tournée au japon parce qu'il trouve que c'est ce que chante les japonais toute la soirée sur n'importe quelle chanson, enfin du moins dans les clubs où on a été. Il y a toujours un mec, à un endroit de la salle, qui te fait ça ! Et comme ça tient sur 4 mesures ça marche sur n'importe quelle chanson ! On est vraiment tombés sur le cul quand on a entendu ça, et comme cette première tournée représente le moment où on s'est dit qu'on voulait faire de ça notre métier, on s'est dit qu'on allait le mettre dans nos chansons. C'est à personne, mais on le prend ! (rires) Si il faut le rendre on le rendra, mais c'est ça l'idée ! Chaque chanson représente une histoire de toute façon.

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