VALGRIND

Dans la mythologie nordique, le Valgrind est la porte d’entrée principale qui mène au Valhalla, place du repos éternel des valeureux guerriers défunts. C’est également le patronyme qu’a choisi notre invité du jour, groupe italien originaire de Bologne et formé sur les cendre de l’obscur NECROSPELL en 1996. Fervent défenseur d’un death metal à l’ancienne, navigant quelque part entre PESTILENCE, MERCYLESS et NOCTURNUS, VALGRIND n’hésite pas à apporter sa patte à ces prestigieuses références pour faire sonner le tout avec juste ce qu’il faut de modernité et un soupçon de mélodies nordiques. Massimiliano, principal compositeur et membre du groupe depuis ses débuts, et Daniele, préposé à la guitare et à la basse, ont pris le temps avec HARD FORCE d'évoquer le passé, le présent mais aussi le futur de VALGRIND à quelques jours de la sortie de leur superbe quatrième album, « Condemnation »…

Bonjour ! Cela fait à peine deux ans que votre dernier album en date, « Blackest Horizon,» est sorti. Une durée assez courte pour un groupe comme le vôtre à la musique si complexe, pouvez-vous nous dire qu’il s’est-il passé depuis ? Quels ont été les retours du public au sujet de ce troisième album ?
Daniele : Bonjour à tous les lecteurs de HARD FORCE ! Et bien nous pouvons dire que nous avons été très créatifs ces dernières années, ce n’est donc pas une surprise de revenir aussi vite sous les feux de la rampe avec un nouvel album. En fait, pour être honnête avec toi ,« Blackest Horizon » a reçu des critiques plutôt mitigées en raison de son approche légèrement différente, presque expérimentale par rapport aux albums précédents. Nous ne regrettons rien au sujet de celui-ci, nous l’aimons toujours mais nous avions besoin de réenclencher le processus de composition sans trop perdre de temps pour réfléchir à la direction que le groupe devait prendre. Je pense d’ailleurs que « Condemnation » contient un peu de ce qui fait le charme de VALGRIND sur chacune de ses différentes périodes, cela devrait donc plaire aux anciens et aux nouveaux fans.

Vous avez quitté les rangs du label Everlasting Spew à la suite de la sortie de « Blackest Horzion » pour atterrir aujourd’hui chez Memento Mori. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?
Notre collaboration avec Everlasting Spew se déroulait sans anicroches, mais nous étions à la recherche d’un label plus en phase avec nos aspirations récentes, à savoir un retour vers un son plus classique, moins technique. Et il s’est avéré que Memento Mori nous a offert les conditions idéales pour cette renaissance. Le fait qu’il héberge aussi de nombreux groupes que nous affectionnons a également été décisif.

J’aimerais revenir sur cette longue pause d’activité que vous avez connue entre vos premières démos, parues au début des années 90, et le premier album qui n’a vu le jour qu’en 2011. Vingt ans d’écart entre deux sorties, c’est assez inhabituel…
Massimiliano : C’est exact. En fait nous avons véritablement été inactifs entre 2003 et 2011, même si nous n’avions rien sorti de particulier depuis nos premières démos. Nous avons tout d’abord pris le temps d’améliorer notre pratique de chaque instrument, d’élaborer aussi un son unique qui soit le fruit d’une réflexion sur le long terme. Quand nous nous sommes reformés en 2008, chaque membre de VALGRIND est revenu avec un bagage technique et des aspirations nouvelles, gonflé à bloc !

Revenons à votre quatrième album, disponible dans les bacs dès le 27 juillet. A mon sens, celui-ci réussit le tour de force de mettre votre technique au service d’un death metal intense qui ne tombe jamais dans la démonstration stérile. Pouvez-vous nous dire quelle place vous accordez à « Condemnation » au sein de votre discographie ?
J’ai bien peur de ne pas être original mais je suis convaincu que c’est notre meilleur album, tant sur la qualité des compositions que sur la puissance de la production. Quant au mastering, signé Damian Herring, il est lui aussi clair et percutant. Nous sommes plus que satisfaits de chacun des morceaux qui figurent sur « Condemnation ». Cet album est cru, viscéral et il reflète à merveille la passion que nous y avons injectée et notre dévouement sans faille à la noble cause du death metal.

Je vais éviter de parler de ce nouvel album comme « celui de la maturité » mais ce qui m’a interpellé est votre aptitude à y réunir le meilleur de chacune des périodes du groupe. De la période un peu folle des productions Morrisound, de ce son de Tampa à des parties plus nuancées comme celles que vous affectionnez sur « Blackest Horizon », j’ai l’impression que vous avez trouvé votre voie au sein de la scène actuelle. Plus que de maturité finalement, peut-on parler de « Condemnation » comme d’une synthèse idéale de toutes les époques de VALGRIND ?
C’est exactement cela. Tu sais, tout cela est le fruit d’une réflexion, d’une recherche d'un son qui nous a demandé du temps. De nos débuts qui étaient très connotés par la scène de Tampa jusqu’à aujourd’hui, il s’est écoulé près de vingt ans ! Cela nous a permis d’expérimenter, de tester pour bâtir un style que nous espérons le plus unique possible. Nous espérons d'ailleurs que les auditeurs ne s’y tromperont pas et que « Condemnation » répondra à leurs attentes les plus élevées en matière de death metal.

Epique, mélodique, frondeur, cet album atteint des sommets de créativité, notamment sur le superbe morceau d’ouverture "The Curse Of Pegasus Spawn" ou sur le fantastique "Eater Of Hearts" ! Mais après plusieurs écoutes, c’est l’homogénéité de l’ensemble qui demeure, chaque morceau s'adapte parfaitement au suivant et ce jusqu’aux dernières notes, comme si vous racontiez une histoire… Quels sont les principaux thèmes que vous abordez ici ?
Merci pour ces compliments. Tu as bien saisi notre volonté d’être cohérents et fluides dans notre écriture, de bout en bout. Même si « Condemnation» n'est pas un album concept, il possède un thème principal basé autour des mythes d'animaux fantastiques dans les différentes cultures anciennes. Nous ne voulions pas faire de textes qui soient trop hermétiques, nous nous concentrons sur la poésie liée à des mots simples et rêveurs pour représenter de façon simple notre attrait pour la mythologie.

« Condemnation » forme un bloc compact, homogène, qui se digère plus facilement que ses prédécesseurs. votre musique reste complexe et technique, mais ici tout semble couler de source…
Tu as probablement raison, en tout cas c’est ton ressenti. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est en aucun cas intentionnel. Peut-être que cet album sera le plus approprié pour ceux et celles qui vont découvrir le groupe…
Daniele : Ce qui est certain, c’est que de notre point de vue de musiciens, « Condemnation » est notre album le plus riche et intrigant, et je suis ravi quand tu dis aussi qu’il est peut-être le plus accessible. Les deux ne sont en rien contradictoires et cela prouve que nous sommes capables de créer des riffs mémorisables tout en conservant une part importante de complexité sur notre musique.

Je n’ai pas eu plus d’informations sur l’artiste à l’origine de l’artwork, pouvez-vous nous en dire plus à son sujet ?
Eh bien je dois te dire que c’est moi qui suis à l’origine de l’ensemble de l’artwork. J’ai d’ailleurs dessiné et peint l’ensemble des artworks pour VALGRIND jjusqu’à aujourd’hui. Cette couverture représente l’ensemble des monstres et divinités auxquelles nous faisons référence sur « Condemnation ». L’aspect ancien, parcheminé ajoute à cette couverture un côté énigmatique, mystérieux, un peu à l’image d’un livre ancien retrouvé lors de fouilles archéologiques.

Pour une fois je dois reconnaître que la description de votre musique par Memento Mori colle parfaitement : « VALGRIND combine les commandements des grands anciens, MORBID ANGEL, PESTILENCE, DEATH, NOCTURNUS avec une passion pour les ambiances épiques et grandioses qui accompagnent les premiers albums de PARADISE LOST et CANDLEMASS ». Que représentent ces groupes pour vous ?
Massimiliano : Chacun de ces groupes représente la forme la plus pure du death metal, l’aboutissement du style sous toutes ses facettes. Ce qui est intéressant, c’est que les gens ont toujours ce besoin de mettre des frontières entre les différents styles de metal alors que nous, à l’époque, les appréciions comme un tout sans les classer dans telle ou telle sous-catégorie de death metal. Nous apprécions également de nombreux groupes de l’époque qui officiaient dans le doom ou le heavy. C’est une partie très importante de l’histoire du metal à nos yeux, il ne faut pas l’oublier…

A l’image de groupes comme SKELETAL REMAINS, vous avez cette aptitude à vous inspirer du meilleur de la "vieille école" en lui insufflant une approche beaucoup plus moderne aussi bien dans le son que dans le riffing. Quel est le processus de création d’un morceau de VALGRIND ? Habitez-vous tous dans la même région pour répéter et composer ?
Merci ! Non, nous habitons tous dans des villes différentes, nous n’avons donc pas l’opportunité de répéter régulièrement ensemble. Chacun d’entre nous compose et écrit dans son coin puis nous nous concentrons sur les répétitions et la préproduction pour être le plus efficace possible lors de nos retrouvailles.

​Pour en revenir à VALGRIND et son format trio, est-il plus simple de gérer les choses à trois pour l’ensemble des étapes de composition ?
Daniele : Nous avions tous les trois des points de vue différents sur le format du line-up, Massimilano craignait que de n'avoir qu'une seule guitare sur scène puisse entraîner moins de puissance et d'impact sur scène, mais j'ai toujours pensé que nous devions considérer tous les avantages et les inconvénients de chaque scénario. Après avoir changé au moins trois fois de guitaristes depuis la sortie de notre premier album, je pensais que composer à trois nous permettrait finalement de trouver la stabilité nécessaire. Comme tu l'avais déjà mentionné, rester en format trio au sein de VALGRIND nous donne un processus d'écriture beaucoup plus fluide et les rôles de chacun sont ainsi mieux définis.

Vingt-cinq ans d’existence pour VALGRIND et toujours la même passion et sincérité dans votre musique, quelle en est la recette ?
Massimiliano : Je ne sais pas s’il y a une recette pour cela, mais nous sommes très fiers de nos premiers pas dans cette aventure qui a pris forme au début des années 90, nous n’étions alors que des adolescents avec des rêves plein la tête. Nous avons tous travaillé dur pour en arriver là où nous sommes aujourd’hui et quand je repense à nos derniers shows européens, je ne peux que mesurer la progression que nous avons accompli. Nous espérons maintenant que cette crise du Covid soit bel et bien derrière nous pour repartir de l’avant et venir jouer aux quatre coins du globe !

Ces derniers mots seront les vôtres, merci pour le temps passé à répondre à nos questions et félicitations pour la qualité de ce dernier album qui va faire parler de lui dans les chaumières des amateurs de death metal ! A bientôt !
Daniele : Merci Clément pour cette interview, nous espérons aussi que les fans de death metal les plus exigeants seront comblés par cet album. Je crois du fond du cœur que celui-ci est le plus abouti que nous ayons proposé jusqu’à maintenant. J’espère revoir le maximum d'entre vous sur les routes, à bientôt !

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