LABELS ET LES BETES

Comme vous avez été bien sages et que votre fidélité à l'extrême rubrique Labels et les Bêtes rédigée de 6 mains de maîtres n'a connu aucun manquement, Aude, Clément et Crapulax ont pensé à vos étrennes. Alors n'allez pas chercher une once de gentillesse ou de chaleur, ils vous présentent leurs meilleurs vœux à grands coups de son dans les oreilles et de guitares aiguisées. 2020 sera à nouveau marquée par de grosses sorties métalliques mais nos lascars de l'ombre ne manqueront pas de vous attendre au coin des rues sombres pour vous détourner des chemins battus. Alors bonne année bien sûr, brutale et glaciale à souhait !

EMPIRE OF THE MOON : «Εκλειψις» (Iron Bonehead Productions)

Nous n'avions plus trop entendu parler des Grecs EMPIRE OF THE MOON depuis presque 6 ans, à tel point qu'on pouvait se demander si leur seul album de l'époque allait rester unique et réservé aux initiés. Mais les revoilà en force et pas question cette fois de laisser passer cette petite pépite de black metal qu'est « Εκλειψις ».

En plus d'un univers aussi occulte et mystique que la pochette de l'album en question, EMPIRE OF THE MOON assène un black metal direct enveloppé d'une atmosphère glaciale.
Dès le premier titre "Arrival", l'auditeur est transporté au cœur d'un rituel de magie noire dont les guitares rapides et virevoltantes de"Imperium Tridentis" ne le laisseront plus s'échapper.

Ce sont 7 titres blastés et hurlés qui résonneront comme des incantations malsaines. Les quelques répits viendront de courts instants plus atmosphériques mais toujours lugubres.Les quatre parties du morceau "Per Aspera Ad Lunae" sont à elles une ode au voyage intersidéral parsemé d'embûches vers un au-delà inaccessible. Épopée rythmée qu'on voudrait infinie.
​(Aude)

KAWIR : « Adrasteia » (Iron Bonehead Productions)

Dans un autre registre mais toujours par des grecs, voici un pagan black bien mené et épique, sérieux et viril.
Au contraire de leurs compatriotes précédemment cités, KAWIR ont été productifs depuis leur première démo en 1993. « Adrasteia » est en effet leur huitième LP.

Alors vous me direz, voilà encore un énième groupe de vikings ! Oui, mais alors on parlerait plus ici de berserkers en furie que de paisibles navigateurs. Et pour une fois, on se confronte au folklore grec plutôt qu'aux légendes scandinaves donc l'exotisme est à son comble.
Alors oui, KAWIR fait dans le viking metal ou plutôt le black viking metal. Aux passages folk avec lesquels on ne peut transiger s'ajoutent très clairement, ou plutôt très sombrement, des guitares hyper rapides et une batterie blastée qui viennent donner le ton à un album sans concession.

Les hurlements incisifs de Porphyrion ne laissent que peu de place au doute : KAWIR sont là pour tout piller et ils ne vous demanderont pas votre avis. A bon entendeur…
(Aude)

EVISARIZE : « Evisarize » (Indépendant)

Et si on démarrait l'année avec une bonne vieille baffe en pleine figure ? Ça réveille, ça fait circuler le sang et ça met tout de suite dans le bon sens ! Rien de tel que du speed thrash survitaminé pour cela, celui des Londoniens EVISARIZE fera parfaitement l'affaire…

Certes, leur logo est aussi illisible que moche (on dirait une trace de mégot sur la poche arrière du jean blanc de Megan Fox, le genre de truc qui gâche franchement le euh… enfin c'est pas beau, quoi !) et le nom de l'album ne respire pas non plus l'inspiration divine. Okay !
Mais dès que le son saturé émerge des enceintes, on comprend tout de suite que le thrash d'EVISARIZE part aussi vite qu'une balle tirée du dernier modèle SVD Dragunov et que, effet Coriolis ou pas, le projectile vous arrivera directement dessus pour vous exploser la poire !

Pas de place pour les balades de chochottes, les mid tempo de groupes de soixantenaires et encore moins de breaks mous histoire de se reposer 5mn les doigts : la formation anglaise envoie la purée sans aucun temps mort.
Un conseil : ne mettez pas cet album pendant que vous faites du vélo d'appartement, vous risquez de finir encastré dans le mur !
(Crapulax)

KAUSE 4 KONFLIKT : « Fornication Under Control » (Deadlight Entertainment)

La formation parisienne, forte d'une très grande expérience scénique avec plus de 200 concerts à son actif, n'avait depuis un moment plus grand chose de concret à proposer (un seul album sorti en 2013 intitulé « No Better Friend – No Worse Enemy » et « Behaviour » un EP en 2016).

2020 devrait remettre les compteurs à zéro avec l'art et la manière !

Du genre mise aux poings sur un ring en 5 rounds avec des enclumes dans chaque gant, un bâton de dynamite dans la bouche en guise de protège-dents et des pompes en béton armé histoire de vous remonter les testicules tellement haut que ça vous fera de belles oreilles de Mickey ! Parce que lorsqu'on pratique comme KAUSE 4 KONFLIKT le thrashcore de haut niveau il ne faut pas s'attendre à des papouilles sur des slows langoureux ni à des pas de danse en tutu !

Ici on se dépouille la chetron avec du gros son qui décoiffe, on se pète les guibolles joyeusement dans les mosh-pits et on se finit la tête dans la grosse caisse ou le mur d'amplis. Un véritable shot de violence mais comme disait Ted Nugent : « si c'est trop fort, c'est que vous êtes trop vieux ! ». « Fornication Under Control » sort le 31 janvier, on vous aura prévenus !
(Crapulax)

 

KLOCT : « Years of Silence » (Ultra Mundum Nostri)

Déjà à la manœuvre derrière les fûts chez CAINIAN DAWN et ALLOBROGIA, le multi-instrumentiste Sophian, alias Kloct, n’en a visiblement pas assez puisqu’il remet à nouveau le couvert avec son propre projet sobrement intitulé KLOCT.

Auteur de trois albums résolument black metal sur lesquels il assure avec brio l’ensemble des instruments, le voici qui s’éloigne de plus en plus des terres obscures avec un nouveau méfait lumineux. « Years of Silence » a en effet de quoi déconcerter aux premiers abords : jouant sur de multiples changements de rythmes, des mélodies enjouées, des parties de clavier épiques ainsi que quelques voix claires savamment dosées, KLOCT affiche ici une maturité déconcertante.

Que ce soit sur les structures de chaque morceau recelant de nombreux détails, la production peaufinée dans ses moindres recoins ou les textes qui sortent des carcans ésotériques habituels, le niveau d’exigence est ici sans équivoque.

Pour sûr, ceux d’entre vous qui le suivent dans ses pérégrinations habituelles en seront pour leur frais puisque Sophian sort des chemins tout tracés sur cette nouvelle livraison. En revanche, ceux qui sont en quête d’un metal raffiné, profond, qui n’hésite pas à se nourrir d’influences variées devraient y trouver leur compte. C’est mon cas d'ailleurs.
(Clément)

DECEM MALEFICIVM : « The End of Satan » (Les Acteurs de l’Ombre)

Dernière sortie du label nantais pour 2019, cet album du clan Chilien DECEM MALEFICIVM est une bonne surprise.
Sortant de presque nulle part avec une démo et un EP de trois titres dans sa maigre besace, ce sextet jusque-là anonyme lâche l’artillerie lourde sur un premier album que l’on croirait tout droit issu du grand nord ! Car c’est bien du côté des premiers jets des précurseurs BORKNAGAR, ARCTURUS ou SOLEFALD qu’il faut ouvrir grand ses oreilles pour aller chercher pareil remue-méninges.

Post black ? Metal prog' ? Black atmosphérique ? Le groupe se joue ici des étiquettes pour les retourner l'une après l'autre, proposant ici un vrai tour de force mélodique qui demandera de nombreuses écoutes avant de révéler ses charmes.

Les riffs ciselés et autres mélodies tournoyantes mettent en lumière une section rythmique rivalisant d'inventivité harmonique, troussant ci et là des ambiances crépusculaires qui dansent la gigue avec des parties plus sombres et intimistes.
L’artwork de l’artiste, lui aussi originaire du Chili, Melek R.N est magnifique et reflète à merveille les paysages lunaires et enchanteurs qui défilent l’un après l’autre pendant plus de quarante-trois minutes où le temps semble s’être suspendu…
(Clément)

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