SMASH HIT COMBO

Rap et jeux vidéo, deux sujets transgressant littéralement mes habitudes d’interviewer (…voire mes habitudes tout court). L’occasion était trop belle et nous nous attarderons donc sur ces "disciplines" qui font l’identité même de SMASH HIT COMBO. Pas de panique, les autres points fondamentaux du groupe seront naturellement passés en revue et plus particulièrement son nouvel album ayant comme caractéristique d’être disponible en deux versions distinctes, anglaise et française. Fin de d’après-midi, j’aurai le plaisir de partager – avec modération – avec mes deux interlocuteurs, Brice (batt.) et Bapt (guit.), leur première bière de la journée. Alors… cheers !
(Interview réalisée le lundi 10 juillet 2017)

Vous venez de sortir votre nouvel album « L33T ». Comment le définir par rapport aux précédents ?
Brice : Je dirais qu’on a été dans l'efficacité. Sur les autres, en général, on ajoutait sans cesse et sur celui-là on a plutôt enlevé. C’est-à-dire que sur les précédents, on se disait qu’on allait mettre un peu de deathcore, un peu de djent, et sur « L33T » on a synthétisé tout ce qu’on avait déjà fait pour créer quelque chose de plus homogène. On a rassemblé toutes nos influences pour les digérer au lieu de les entasser les unes sur les autres.
Bapt : J’aurais ajouté "originalité" et "complémentarité" pour le principe des deux albums, en anglais et français. Sans oublier "contrasté".

Vous avez rejoint le label québécois Slam Disques en 2011, uniquement pour cette région du monde, car vous êtes chez darkTunes pour l’Europe. C’est plutôt original comme différenciation ?
Brice : En fait, nous avions joué avec MASS HISTERIA, qui eux même avait joué avec le groupe québécois NEVER MORE THAN LESS. Du coup, nous avions bien sympathisé avec eux et leur avions proposé de faire des dates ensemble. Nous on venait jouer au Québec et eux venaient en France. Ils nous ont dit : «faites mieux que ça, écrivez directement à notre label et demandez à être produits chez nous». J’ai envoyé sans trop y croire un petit mail avec la vidéo"Hostile" tirée du premier album et le mec du label a tout de suite adoré. Il nous a répondu : « on vous prend et on va vous distribuer chez nous ».
Bapt : Et depuis 2011, c’est le bonheur. Ils sont super cool, ces gars. On est aussi sur un label japonais uniquement pour le territoire japonais.
Brice : On s’est construit petit à petit. Nous avons ajouté chaque fois des pierres à l’édifice.
 

"On s’est donc dit qu’on allait parler de choses que nous connaissions, donc des jeux vidéo. Vu qu’on est des gros geeks, on est restés là-dessus".

En lisant votre biographie, ou même en regardant vos clips "In Game" ou "RPG", on comprend tout de suite que vous êtes des accros aux jeux vidéo. Jusqu’où cette passion vous a-t-elle influencés ?
Brice : Au début, quand on a commencé le groupe, vu qu’on avait un rappeur, on ne voyait pas trop l’intérêt d'évoquer des sujets comme la politique et de faire du rap engagé. Parce que déjà, on n’y connait rien et que ce n’est pas notre milieu. Comme on habite dans un petit bled en Alsace, nos soirées, nous les passions à jouer à la console et faire la fête. On s’est donc dit qu’on allait parler de choses que nous connaissions, donc des jeux vidéo. Vu qu’on est des gros geeks, on est restés là-dessus. On ne voulait pas non plus monter un groupe de metal pour parler de mort, car nous ne sommes pas vraiments des gens sinistres. Au début, on nous disait que c’était bizarre, pourquoi mêler metal et jeu vidéo ? Et au final, on se rend compte que beaucoup de métalleux sont en fait des geeks. Inconsciemment, on a réuni deux cultures pas forcement liées au départ. Beaucoup se sont reconnus là-dedans et notamment dans le clip "In Game". C’est un peu l’étape à partir de laquellel on s’est décidés d’y aller à fond, c’est-à-dire mettre en image les cosplay et recréer des scènes cultes des jeux vidéo (Silent Hill, Duke Nukem, Final Fantasy pour ne citer qu’eux, NDLA). Je pense que c’est ce qui nous démarque des autres groupes. C’est une vraie originalité.

Côté influences musicales, on imagine que vous avez dû être élevés à du LIMP BIZKIT et à la TEAM NOWHERE ? J'en ai oubliées parmi les essentielles ?
Bapt : C'est carrément ça, sans oublier KORN et DEFTONES. Sinon, il y a vraiment énormément d’influences différentes et variées, ça va du INCUBUS à PERIPHERY, avec beaucoup de djent et du metal moderne comme EMMURE.
Brice : Beaucoup de old school et beaucoup de new school, THY ART IS MURDER aussi. Et je suis un gros fan de THE DILLINGER ESCAPE PLAN.

Est-ce que l’aspect rap et metal est partagé par tous les membres ou chacun apporte sa spécificité ?
Bapt : Je crois que nous sommes tous dans le même délire. On écoute tous 50% de rap et 50% de metal.

Alors la fameuse question… rap français ou US ?
Brice : Il y en a qui sont plus hip hop américain dans le groupe et d’autres français, mais moi je suis rap français !
Bapt : Et moi rap US (rires).
Brice : Je vais faire mon "français de base" : si je ne comprends pas les textes, cela ne m’intéresse pas.

On a souvent entendu dire que le rap « c’était mieux avant », qu’en pensez-vous ?
Brice : 
Je pense que c’est une question de génération. A mon avis, c’est pareil dans le metal. Par exemple, lorsque KORN est arrivé, ceux qui écoutaient IRON MAIDEN ou SLAYER  ont dit que c’était de la merde et que le véritable âge d’or du metal, c’était les classiques des années 80. Maintenant, notre génération va te dire que l'âge d’or c’était KORN. Ça marche par cycle, tu vois ? La musique évolue mais toi, tu restes généralement fixé dans la période qui, selon toi, est la meilleure.

Restons encore dans ce sujet, quel est le rap actuel que vous appréciez en ce moment ?
Bapt : En ce moment, j’aime beaucoup Nekfeu en rap français. Ses textes sont cool et son flow aussi. Ça fait un peu rap à l’ancienne.
Brice : Orelsan aussi est super bon, ce sont des rappeurs un peu alternatifs, ils vont parler de leur vie… pas de filles en maillot de bain et de voitures.
Bapt : Il faut que le rap te parle… Nous, on ne vient pas d’un « quartier » donc il y a certaines choses qui nous parlent moins parce que qu’on ne les a pas vécues. Les textes d'Orelson nous concernent plus.
Brice : Ses textes, c’est du type : «je ne suis pas entré en boîte, car je suis arrivé trop bourré». Quelque chose qui nous est déjà arrivé en fait.

Comment se passe la composition d'un titre dans SMASH HIT COMBO ? Surtout concernant "L33T" qui se décline en anglais et en français et comporte plusieurs rappeurs ?
Bapt : On commence par les instru chacun de notre côté. Ensuite, on met en commun le matériel écrit. Par exemple, si je propose une gratte, Chon l’autre guitariste fera la lead derrière pour éviter de trop coller à ce que je fais. Après qu’on ait un couplet et refrain de façon "standard", on placera le chant. Enfin, on finalisera les structures en mettant un pont, une outro…
Brice : La particularité de cet album, avec ses versions anglaise et française, c'est de ne pas faire l’erreur de traduire de l’un vers l’autre. On a donc interdit au rappeur français d’écouter la version anglaise afin que personne ne s’inspire de l’autre. Chacun a travaillé de son côté. Le but était d’avoir deux versions différentes de chaque chanson.

Vous avez l’habitude de tourner à l’étranger, comment est perçue la musique de SMASH HIT COMBO lorsque les paroles sont en français ?
Bapt : Tout dépend du pays. Par exemple, au Québec où la langue française est privilégiée, c’est une force. Aux Etats Unis ou en Angleterre, ça n’intéresse clairement personne. Ce qui est intéressant, c'est de chanter en anglais. En Russie, ça marche très bien car ils adorent la langue française, au Japon pareil. En Allemagne, ils s’en foutent. Tous les pays ne réagissent pas de la même manière.

Ça ne vous est jamais venu à l'esprit de faire un jour un album totalement en japonais ?
Brice : Paul (un des chanteurs, NDLA) aimerait bien, je pense.
Bapt : Le japonais est plus musical que le rap allemand. Ça sonne différent, moins agressif.
 

"On ne va pas taper les gens dans la rue, mais on n’est pas non plus en mode 'la vie elle est belle' ".​

On ressent parfois une certaine « haine » à travers les paroles. SMASH HIT COMBO ne serait-il pas une forme de défouloir ?
Brice : Oui, il y a clairement beaucoup de haine. De frustration, pourrait-on même dire.
Bapt : Cela dépend de ton état d’esprit quand tu composes tes morceaux. Je pense que c’est ainsi pour tous les créatifs : il y a des passages qui sont plus aériens et d’autres plus vénères.
Brice : On ne va pas taper les gens dans la rue, mais on n’est pas non plus en mode "la vie elle est belle".
Bapt : Tu vas ressentir du mal-être dans nos chansons ou des expériences qui nous ont touchés, qui nous ont rendu tristes ou heureux. Je ne dirais pas que ce n’est que du vécu, mais 90% des textes parlent d'expériences réelles.

Est-ce que vos expériences live vous ont aussi aidés dans la composition de ce nouvel album ?
Bapt : Cela nous a aidés à composer, car on essaye de faire de la musique destinée à la scène. Par exemple, on ne fait pas des riffs de guitar-hero… déjà, parce qu'on n'a pas la technique (rires). Il faut que ce soit efficace et que ça marche bien en live, on veut s’amuser, bouger la tête et le vivre. Tout en gardant bien sûr un aspect technique, car n’importe quel musicien a envie d’évoluer au fur et à mesure des années sans que ce soit de la br******** de manche pendant tout un album.

Et quels sont vos prochains concerts ?
Bapt : Déjà, il y a les quelques dates avec THE ARRS. Il y aura le Québec, la Russie… et le Japon qui va se préparer très certainement.
Brice : Il y a une quinzaine de dates de calées en France (Toulouse, Nantes au Ferrailleur…).
Bapt : Pour 2018, je pense qu’on va essayer de se faire les festivals d’été en Europe. On va y travailler et ce serait vraiment bien.
Brice : Peut-être que l’album en anglais va nous ouvrir des portes. On l’espère.

Le groupe a franchi le cap des 10 ans. En regardant en arrière, quelles sont vos fiertés et peut-être quels sont vos regrets ?
Bapt : Fierté, je n’ai que cela. Quand je vois d’où on est parti et le chemin qu’on a parcouru… et qui n'est pas fini ! Tout ça en venant de notre petit bled – Cernay 10 000 habitants pendant les grandes vacances en comptant le camping (rires)…
Brice : A la base, on n'avait aucune ambition. Nous n'étions pas de gros zicos quand on a débuté.
Bapt : On a fait ça entre copains sans aller chercher des gars à droite à gauche. Le groupe s’est bâti comme ça… Et se dire que 10 ans après, tu continues à faire de la musique avec tes potes, que ça marche et que ça grossit, c’est tout simplement génial !

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