FOO FIGHTERS @ Rio de Janeiro (Stade Maracana)

Lorsqu’on a un prénom comme le mien, on a au moins le droit de s’autoriser un peu de snobisme et de profiter un peu des clichés. Ainsi, pour échapper un peu à la morosité ambiante, au froid et à l’ennui hivernal, quoi de plus simple que de sauter dans un avion et de se retrouver un dimanche soir sur la Pelouse Or du Stade Maracana de Rio de Janeiro pour l’un des tous premiers shows de la tournée "Sonic Highways" des FOO FIGHTERS ?
 


 

Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Température extérieure de 38°, larges bières fraiches à environ 3 euros, un stade flambant neuf rénové spécialement pour la coupe du monde 2014 et qui accueille ce soir son tout premier concert post-travaux, et surtout plus de 80 000 cariocas DECHAINES qui viennent nous donner une leçon de FANATISME : on savait depuis une trentaine d’années que les publics sud-américains figuraient en tête de liste des fantasmes des rock-stars du circuit. QUEEN, KISS, les mythiques festivals ROCK IN RIO (surtout les deux premiers, en 1985 puis 1991), IRON MAIDEN, etc, tous ces groupes et concerts majeurs donnés devant des dizaines et dizaines de milliers de personnes en transe ont marqué l’imagination de tous les autres dingues de rock de la planète. Et ouais, faut vraiment le voir pour le croire : tout le monde est debout, tout le monde danse, tout le monde gueule, tout le monde chante à tue-tête la moindre des paroles même s’ils ne comprennent pas toujours un mot d’anglais.

A 21h20, il fait très chaud, trop chaud même (genre Hellfest 2014 devant la MainStage à 13h00 !!!), les vapeurs de marijuana se mêlent aux bières qui s’évaporent instantanément après avoir été décapsulées, et le stade entier, immense, est plongé dans le noir, dans une clameur assourdissante. Sur l’écran géant numérique dressé en fond de scène, le Cristo Redentor apparait, lumineux, bienveillant, sur le logo des FOOs, et nous accueille les bras tendus à venir passer une soirée magique. Et c’est donc le premier morceau du dernier album, ce « Something From Nothing » qui emprunte donc son riff central au « Holy Diver » de DIO, déjà repris à l’unisson par 80 000 gorges extatiques et passionnées, qui ouvre le bal du soir.
Pendant 2h30, les cinq musiciens, et leur clavier bonus, usinent grave sur l’ensemble des tubes de leur carrière, fêtant cette année leur 20ème anniversaire, rappelé ce soir avec les immanquables « Big Me » et surtout « This Is A Call ». Le public est complètement décomplexé et en ébullition, reprenant note pour note chaque air et refrain des hits que sont « The Pretender », « Learn To Fly » ou ce « Breakout » incroyable qui atteint probablement le paroxysme orgasmique de la soirée en terme de pétage de plomb collectif, suivi de près par « My Hero », lui aussi forcément fédérateur.
Cependant le concert se gâte quelque peu au bout d’une bonne heure entamée : à vouloir mettre en avant leurs très grands talents de musiciens et en s’empêchant d’aligner "bêtement" leurs hit-singles comme des forçats, les FOO FIGHTERS entreprennent des versions étirées, poussives, réarrangées et bien trooooop loooooooongues de certains de leurs morceaux, notamment ce « Monkey Wrench » qui voit une grande partie du public (oh, l’équivalent de trois quatre Bercy, pas plus) commencer à décrocher, bailler et discutailler entre-eux. Jams poussives flirtant avec PINK FLOYD sur des ambiances psychédéliques, deux extraits de « Sonic Highways » qui ne peuvent pas rivaliser avec le reste (« Congregation » et « In The Clear »), et surtout cet intermède acoustique de rigueur qui refroidit davantage encore la marmite brésilienne : Dave Grohl s’est avancé sur la gigantesque passerelle qui traverse la fosse pour y interpréter seul ce « Skin And Bones » qui m’a personnellement toujours gonflé, suivi d’un « Wheels » peu enthousiasmant. 

Les ardeurs reprennent forcément sur « Time Like These », et le groupe au complet se voit investir la mini-scène centrale qui se hisse à mi-chemin de la promenade, au milieu du public, pour y interpréter un petit set exclusivement constitué de reprises. En premier lieu, le « Detroit Rock City » de KISS (qui rappelle que le groupe fut l’un des premiers à avoir conquis le Maracana en juin 1983 comme point d’orgue de la tournée « Créatures Of The Night »), suivi du « Tom Sawyer » de RUSH, de l’excellent rocker « Stay With Me » jadis cabotiné par Rod Stewart dans THE FACES, et enfin ce « Under Pressure » jadis interprété par David Bowie et QUEEN. Ce tube 5 étoiles aurait dû représenter le clou de la soirée, le groupe de Freddie Mercury ayant été extrêmement populaire au Brésil durant la première moitié des années 80, mais cette version, sympathique, chantée par Taylor Hawkins et Grohl en duo, ne convainc que gentiment, et ne génère aucunement la folie escomptée.

C’est en retournant sur leur scène massive que les FOO FIGHTERS retrouvent le niveau d’intensité de « Breakout » avec l’explosif « All My Life » : enfin quitte-t-on donc les expérimentations plus ou moins hasardeuses de ces quelques titres remaniés et autres reprises pas forcément évidentes pour tous. Certes Dave Grohl et ses amis se sont-ils méchamment fait plaisir niveau set-list et organisation de leur set-list, mais celle-ci a cruellement manqué d’impact et de force pendant bien trois quart d’heures d’affilée, laissant un grand vide mou comme un cratère au milieu du stade pourtant déjà bien bien échauffé au préalable (et notamment par la prestation des très bons KAISER CHIEFS que l’on a vraiment découvert en première partie…).
On sent la fin du spectacle avec « Best Of You », entrainant chacun des milliers de cariocas et des deux français à donner en effet le meilleur d’eux : mission accomplie sur ce titre phare parmi les plus éloquents de leur répertoire, qui s’achève enfin sur l’habituel « Everlong ».

On était évidemment ravis de partager l’une des toutes premières dates de la tournée "Sonic Highways" des FOO FIGHTERS après les quelques mises en jambe en club à Londres à l’automne dernier, malgré ces quelques digressions indigestes et grosses longueurs qui ont manqué de faire de ce concert à Rio un concert parfait. Pour autant, en ce qui concerne ce public et l’ambiance phénoménale qu’il contribue tant à instaurer, ce fut un rêve pour les artistes – et pour tout journaliste privilégié…

Et dire que dans une semaine c’est le carnaval… mais est-ce que cela peut donc être MIEUX QUE CA ???

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