ACTION/ADVENTURE

Si ACTION/ADVENTURE est déjà loin de la naïveté et de la candeur de ses débuts, c’est la première fois que le groupe pousse autant la réflexion sur les travers et les difficultés de l’industrie musicale. Le groupe formé par Blake Evaristo (chant), Brompton Jackson (chant, guitare), Oren Trace (guitare), Manny Avila (basse) et Adrian Brown (batterie) frappe fort et poursuit son ascension en ne cachant rien des embûches qu’il doit affronter.

Pour ce troisième album, le groupe développe son style pop-punk powerhouse vers des riffs plus metal, plus tranchants et beaucoup plus lourds. La prise de conscience est immédiate dès le premier titre "Dayterror" quand les paroles demandent, à la fois au groupe et au public, si la place occupée actuellement est bien celle qui lui était destinée. Les mensonges auxquels on croit ("That Time I Got Reincarnated As A Slime"), les exigences démesurées qu’on peut avoir envers soi-même ("Big Al Dente") et l’impression d’être dans une spirale infernale ("Spiral") sont autant d’obstacles à surmonter quand on est confronté à la machine qu’est l’industrie musicale d’aujourd’hui, d’autant plus quand on est un groupe de Chicago composé de cinq personnes racisées.

Les mélodies pop sont efficaces à souhait et sont accrocheuses au point de rester dans la tête dès l’instant où elles atteignent les oreilles. Il suffit d’écouter le refrain de "Floortime", "Real Juicer Hours" ou "URL" une fois pour se surprendre à les chanter à tue-tête avant même la fin des chansons. Le chant, partagé entre la voix perchée de Blake Evaristo et celle, plus massive, de Brompton Jackson, donne à entendre l’écart entre les rêves d’adolescence et la dure réalité à laquelle se heurtent les adultes. Mais entre le titre d’ouverture "Dayterror" et la chanson finale "Daydream", on note une évolution vers davantage de calme et de réflexion qui permet de mieux appréhender l’ensemble du processus. Cerises sur le gâteau, la production signée Alan Day (FOUR YEAR STRONG) et les invités de l’album avec Dan Lambton (rationale.), Ben Jorgensen (ARMOR FOR SLEEP) et Noahfinnce qui rappellent que la solidarité entre les groupes est l’un des ingrédients clefs pour avancer sereinement.

Entre le conte de fées qui tourne au cauchemar et le roman d’apprentissage, « Ever After » se penche sur la violence d’une industrie qui, pour vendre des rêves à travers des success stories et autres récits idéaux, broie ceux des personnes sans qui elle n’existerait pas. Cet album est pour tous et toutes les idéalistes, les gens qui rêvent, qui aiment la musique et qui souhaitent s’y consacrer, mais dont les rêves vont parfois tellement haut que le retour à la réalité est souvent douloureux.

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