SHADOW KNELL

Alors qu’il était connu pour ses productions hardcore, death ou grind du meilleur effet, le label de Pennsylvanie fondé par Matthew F. Jacobson en 1990 (une éternité !) s’aventure depuis plusieurs années sur des terrains plus surprenants avec des artistes tels MYRKUR, SURVIVE, HORSEBACK ou THE ALBUM LEAF. Et SHADOW KNELL, une fois n’est pas coutume, en est lui aussi une bonne illustration puisqu’il officie… dans le dungeon synth. Les amateurs de black metal ne seront pas plus surpris puisque plusieurs fidèles représentants de ce genre s’y sont déjà frottés (MORTIIS, VINTERRIKET, WONGRAVEN, BURZUM…) avec plus ou moins de succès. Mais le contexte est ici différent puisque cette formation, solo, est l’œuvre de Mac Kennedy (fondateur du groupe heavy-punk POISON RUÏN). Pas grand-chose sur le papier à voir donc… mais le guitariste-chanteur a plus d’un tour dans sa besace et relève le défi avec doigté.

Armé de ses claviers éthérés, mystiques, Mac Kennedy produit avec ce premier album éponyme huit titres aux allures de voyage sans retour dans le plus profond des donjons. Tout cela fleure bon les sombres ambiances des monastères de la franchise "Diablo" avec une prédisposition avérée pour le côté obscur de la force. Ce côté froid, mystérieux propre à l'univers qu'il suggère est bel et bien palpable de la première à la dernière seconde, créant ainsi un univers fantastique au sens premier du terme. Un univers fait de chair et d'os, d'étranges silhouettes qui s'effacent dans la pénombre, de bougies à la flamme bleutée, vacillante, illuminant des pièces secrètes où trônent des restes d'offrandes noircies.

Forcément, chaque recoin de ce trip en terre nourrie de claviers épiques d’un autre temps n’est pas en soi une révolution, il n’en a d’ailleurs pas la prétention. Mais là où le natif de Philadelphie fait preuve d’audace, c’est en choisissant de redonner à ces références leurs lettres de noblesse en 2024. Avec une production plus actuelle, gorgée d’une tension permanente et de passages plus délicats qui inciterait presqu’à la rêverie ("Intone", "The Briar Harp" ou "Out From Hiding" en sont de bons exemples). Il flotte ici comme une atmosphère d’un temps révolu dans laquelle on s’abandonne avec délice.

Bien loin des turpitudes gore habituellement vociférées par les poulains les plus acariâtres du label Relapse Records, SHADOW KNELL apporte sur son premier album une bouffée d’air frais, quoique vicié, des plus réjouissantes. Mac Kennedy fait le job. Et le fait bien. A écouter en parallèle du dernier EP de son groupe, « Confrere », pour mieux se rendre compte du grand écart effectué ici avec cette mystérieuse entité. Froidement recommandé !

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