LABELS ET LES BETES

Vous sentez la fraîcheur de l’automne et ce petit crachin désagréable qui font d’octobre le mois de la lose ? Il est temps de se réchauffer à coup de headbanging et pour cela, vous pouvez compter sur la ferveur et l’abnégation de Crapulax, Clément et Aude qui ne loupent jamais une occasion de vous décoller les vertèbres avec douceur et finesse. Au programme de cette playlist d’Halloween : du death mélodique, du death/thrash, du death doom, du blackened death… Bref, la mort ne rôde pas loin de nos acolytes et comme ils sont partageurs, ils viennent faire du porte-à-porte pour vous jeter un mauvais sort. Trick or treat !

THE ODIOUS CONSTRUCT : « Shrine Of The Obscene » (The Artisan Era)

Jouer du death metal à la fois technique et mélodique, c’est aussi casse-gueule qu’un chef de cuisine japonais qui prépare le Fugu, plat traditionnel raffiné par excellence qui peut se montrer extrêmement dangereux pour la santé. Chaque mouvement du couteau se doit d’être millimétré car un seul geste de travers et c’est l’intoxication des convives à la tétrodotoxine avec une mort assurée (il n’existe pas d’antidote) dans les 4 à 6 heures après ingurgitation.

THE ODIOUS CONSTRUCT, qui en est pourtant qu’à son deuxième EP, autant dire au début de sa carrière, montre déjà de grandes et belles aptitudes à ce métier ô combien risqué. Guitares saturées virevoltantes, rythmiques saccadées un peu djent sur les bords, appui de nappes de synthé très efficaces car distillées avec parcimonie, parties de batterie brutales au contraire pas du tout distillées avec parcimonie, les américains portent à leurs compositions un soin presque scolaire.

Du coup « Shrine Of The Obscene » peine à surprendre ; il n’y a pas de quoi faire perdre le dentier à mémé devant le menu des hostilités de cet EP 5 titres maiiiiiis… Il serait certainement judicieux de surveiller cet ODIOUS CONSTRUCT de très près dans les années qui viennent.
Crapulax

DISMEMBRATION : « Tribute To The Dead » (Autoproduction)

Avec une introduction d’un niveau de violence aussi insoutenable que « La Vie en Rose » de Piaf joué sur un clavier pour enfants de 4 à 6 ans, on se doute bien qu’on va avoir ici affaire à de très, très grands psychopathes !

Ça n’a pas loupé : ce duo de gros pervers brésiliens retranchés nus en slip dans la forêt amazonienne fait dans le death/thrash glauque et primaire, style cloaque poisseux du marais de la malédiction où énormes crocodiles vicelards, sorcières cannibales et zombies affamés hantent les lieux chaque nuit de pleine lune.
La pochette ultra-minimaliste, logo et titre de l'EP sur fond noir, ne trompe du reste personne sur la nature de la marchandise : « Tribute To The Dead » puise direct à l’essentiel les mains plongées dans les tripes jusqu'au coude, les côtes arrachées méthodiquement sur fond de bruits de mastication complètement écœurant ("Dolls Maker").

Génial, donc !

Évitez quand même autant que possible de passer DISMEMBRATION à vos collègues de bureau, surtout les plus fragiles émotionnellement parlant, si vous ne voulez pas qu’ils vous regardent bizarrement dans les 6 mois qui viennent…
Crapulax

KAABALH : « Kaabalh » (Dolorem Records)

Allons droit au but : si les dernières offrandes de la bande au père McEntee, alias INCANTATION, vous ont fait frissonner le bout des lobes, vous ne devriez pas être déçu par ce parpaing en provenance du Havre.

Tout ce qui fait le charme de ce style antédiluvien est ici perpétré avec ferveur : des riffs doom /death pachydermiques qui broient et concassent en règle aux soli et tremolo pickings tout droits sortis de l’enfer, le tout saupoudré de vocalises bien profondes et de roulements de batterie diaboliques du bûcheron en chef. Un fin gourmet d’ailleurs qui n’hésite pas non plus à croiser le fer avec des parties blastées savamment placées pour relancer la machine dans la foulée !

Aucun doute n’est permis : les deux rescapés de TORTURE THRONE, Fabrice et Xavier, ne peuvent cacher leur admiration pour cette intarissable source du vice à laquelle leur créature vient s’abreuver jusqu’à plus soif.
Mais tout ici sonne juste, sans chichis et ravira à n'en point douter les amateurs d'un death poisseux, sépulcral, celui-là même qui, teinté de doom caverneux deviendra la B.O. hantée d'escapades nocturnes en sinistre compagnie.
Clément

​VƆID : « Jettatura » (Les Acteurs de l’Ombre Productions)

Les Nantais VƆID ne font pas semblant sur cette première offrande qui opte pour une approche résolument rock'n'roll du black metal, de celle qui fait de grosses taches de gras indélébiles sur les bords des enceintes.

Sale, malodorant et malpoli, ce « Jettatura » balance six glaviots que l’on jurerait tout droit sortis des rives glacées de Norvège.
Le petit côté épique et frissonnant de "Woven Woods", le groove givré de "We Come, We Breed, We Live" ou "Red Cardinals" ou ce frondeur "Jettatura" qui ouvre les hostilités avec panache, oui, le quatuor pourrait bien donner quelques sueurs froides aux amateurs du SATYRICON post-« Nemesis Divina ».

Des rythmiques gavées à l'acide sulfurique couplées aux vocalises hargneuses qui rappellent ce bon vieux Jeff Walker (CARCASS), le tout baignant dans une production méchamment burnée, voilà qui est clair : VƆID sait y faire et bien.
Avec une signature chez Les Acteurs de l’Ombre dans sa besace, le groupe devrait faire parler de lui dans les mois qui viennent, c’est en tout cas tout le mal que l’on lui souhaite !
Clément

THRON : « Abysmal » (Listenable Records)

Listenable Records peuvent être fiers du recrutement effectué avec les allemands de THRON et leur black metal mélodique façon suédoise. En effet, les 10 titres qui composent « Abysmal » sont d'une puissance et d'un intelligence assez rares.

Dès "Beyond The Gates", premier single extrait de l'album, on ne peut qu'être envoûté par la mélodie d'intro qui laisse rapidement place à un déferlement de riffs costauds et un rythme de batterie effréné. Le modèle musical reste ensuite le même tout au long de l'album, avec des compos assez longues qui permettent le placement de structures complexes et de mélodies fouillées sans se rendre illisible.

On oscille entre riffs dissonants, passages acoustiques, moments heavy voire carrément extrêmes. Le tout dans une grande unité et une fluidité qui propulse l'auditeur au plus profond des abysses. Des morceaux comme "A Glorious Ride", modéré et mid-tempo ou au contraire le plus aggressif "Blood Of Serpents" montrent toute l'envergure artistique de THRON qui survole son black metal avec aisance et s'octroie le luxe de le rendre profond et intéressant. C'est impressionnant d'ingéniosité et surtout, c'est tellement bon à écouter !
Aude

​

NIRNAETH : « From Shadow To Flesh » (Malpermesita Records)

Premier album pour les Français NIRNAETH qui continuent d'évoluer dans un style résolument old-school mais plus blackened/death que par le passé.

« From Shadow To Flesh » est une ode à l'être possédé, une introspection au plus profond du côté obscur du soi.
Tout au long des 9 titres de l'album, on se retrouve bercé par un black metal brut, teinté de touches death voire thrash, toujours emprunt de mélodies inspirées.

Pour les fans de DISSECTION en manque de nouveauté, NIRNAETH est le compromis idéal entre le son black death du regretté groupe et l’agressivité de la nouvelle vague française.
Avec des riffs dévastateurs et des mélodies implacables, des vocaux growlés et des parties parlées, des rythmes ultra rapides saupoudrés de mid-tempos entraînants, NIRNAETH arrive à mettre en avant toute la puissance d'une colère refoulée.

Aucune lueur en vue, à l'écoute de « From Shadow To Flesh » vous serez submergé par la noirceur de l'âme et y trouverez comme ultime recours qu 'une ombre subtile et maudite. Pas de quoi vous rassurer mais vous aimez le défi non ? Alors laissez-vous posséder par NIRNAETH.
​Aude

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