Six albums, une poignée de split, de live et de singles, des hauts, des bas, de la sueur, du sang et des larmes. En trente ans, MERCYLESS a laissé bien plus qu'une trace dans le paysage métallique hexagonal et force est de constater qu'il répond toujours présent lorsqu'il s'agit de répandre la bonne parole ! Et ce n'est pas Max Otero, unique rescapé du line-up historique et accessoirement préposé aux vocalises et aux guitares, qui nous dira le contraire ! Retour sur trois décennies de ferveur et de passion avec le fondateur du groupe…

Salut Max ! Revenons en 1987. Tout commence à Mulhouse avec quatre musiciens remontés à fond ! Te souviens-tu de ce qui t'a donné envie à l'époque de former MERCYLESS avec Gérald, Boris et Stéphane et de vous lancer dans le grand bain bouillonnant du metal extrême ?
Hello ! Et bien c’est tout simplement l’envie de faire comme nos idoles car cette musique a toujours représenté une forme d’expression artistique qui correspondait à nos désirs et besoins de jeunes loups affamés ! En ce qui concerne la genèse du groupe, nous nous sommes rencontrés suite à la parution d’une petite annonce dans un quotidien (un moyen de communication d’un autre temps !) et voilà… MERCYLESS était lancé. Au début, nous avons privilégié un style thrash extrême comme le pratiquait SLAYER, DARK ANGEL, KREATOR ou VENOM pour évoluer ensuite vers le death metal. Quant à ce qui nous a permis de rentrer dans le grand bain du metal, je te réponds sans hésiter le "tape trading" et les fanzines qui représentaient alors un vrai puits de savoir pour les maniaques de l’underground que nous étions !
Entre 1988 et 1990, à vous quatre, vous enregistrez trois démos qui scellent progressivement le style du groupe, à savoir un death/thrash metal puissant et efficace. Quel accueil ont reçu ces démos ? Sentais-tu déjà les premiers signes d'un engouement du public pour ce style ?
Effectivement nous avons pris le temps nécessaire, démo après démo, concert après concert, pour forger notre propre style puis de le faire évoluer vers quelque chose de plus en plus sombre au fil des compositions. Cette transition vers le death metal s’est faite de manière très naturelle.
Nous étions là au bon moment et avons eu la chance de faire partie de cette scène et ainsi de bénéficier de l’engouement du public pour la musique extrême. Cette explosion de l’underground a eu un véritable impact sur MERCYLESS, nous avons eu d’excellents retours au sujet de nos démos et c’est aussi grâce à cela que nous avons pu nous faire un nom. Si je me souviens bien, nous avons dû vendre et distribuer plus de 1500 copies pour chaque démo, ce qui était finalement un chiffre assez normal pour l’époque. C’était le début de la reconnaissance du death metal en France et certaines formations comme MASSACRA, AGRESSOR, MUTILATED ou LOUDBLAST rencontraint elles aussi un certain succès… tout cela a contribué à faire parler de ce style dans les magazines et à organiser des concerts.

1992. Boris quitte le groupe, Rade fait son entrée et « Abject Offerings » voit le jour. Cet album place la barre haut et vous installe avec LOUDBLAST et MASSACRA dans le trio de tête du death metal made in France. Quelles étaient vos relations avec les autres groupes qui gravitaient autour de vous à cette époque ?
Rade nous a rejoint juste avant la composition du premier album et il nous a proposé une autre façon de concevoir cette musique. C’est aussi à ce moment que nous avons commencé à échanger avec les autres acteurs de la scène Française : MASSACRA, LOUDBLAST, AGRESSOR, DEATH POWER, CATACOMB ou MUTILATED pour ensuite sympathiser avec eux lors de concerts mémorables ! Nous avons toujours été très fiers de faire partie de cette scène et encore aujourd’hui cela reste toujours un plaisir de revoir nos vieux potes ! A bien y réfléchir, nous marchions tous dans la même direction avec toute l’insouciance de notre jeunesse et des projets plein la tète. N’oublions pas non plus nos camarades Mulhousiens de CRUSHER, même si c’était un poil différent avec eux car ils évoluaient dans une veine bien plus punk/hardcore à leurs débuts mais leur style à ensuite très vite évolué vers un grind/death hyper puissant… et bien sûr nous, nous les voyions souvent pour faire les cons !
La production de cet album est signée Colin Richardson, qui vous façonne ici un son particulièrement puissant, comment s'est déroulé cet enregistrement avec l'un des plus grands producteurs de l'époque aux côté de Thomas Skogsberg et Scott Burns ?
Je vais te dire une chose : pour des mecs comme nous, âgés d’à peine vingt ans à l’époque, c’était un rêve devenu réalité de travailler avec Colin Richardson… surtout pour un premier album ! Il nous a beaucoup appris et nous avons passé des semaines incroyables avec lui, à travailler sur le son des guitares, sur les techniques d’enregistrements et à écouter ses blagues anglaises toutes pourries mais qui nous faisaient mourir de rire ! C’est notre label de l’époque qui avait remué ciel et terre pour nous dégotter ce gars qui, au passage, venait juste d’enregistrer le mythique « Symphonies of Sickness » de CARCASS. Du coup, MERCYLESS a été le premier groupe Français à bosser avec Colin !
Lorsque l'on revient sur cet album, l'on se rend compte qu'il a tout pour réussir : un artwork somptueux, une production en béton armé, qu'est-ce qui lui a manqué pour obtenir une reconnaissance qui franchit les frontières du pays ?
Ce qui nous a manqué ? Un vrai bon label tout simplement ! (rires). Vinyl Solution a fait sa part du job mais ce n’était pas assez pour donner de la visibilité au groupe, ensuite nous avons eu beaucoup de problèmes avec notre premier label, Restless Records, qui a fait faillite après l’enregistrement de l’album ! Oui, nous n’avons peut-être pas fait les bons choix à ce moment là d’autant que nous avions eu d’autres propositions de deal plus sérieuses. Les erreurs de jeunesse sont ce qu'elles sont…
« Abject offerings » propose une pochette de toute beauté, “Le Christ de Saint Jean sur la croix”, une peinture de Salvador Dalí. Comment avez-vous réussi à obtenir les droits de reproduction de cette oeuvre ? Cela a dû vous coûter un bras j'imagine…
Hé hé ! Pour être honnête, encore aujourd’hui je me demande comment Vinyl Solution s’est débrouillé pour récupérer cette reproduction… et je me pose la même question que toi ! Hélas je ne saurais te répondre pour la simple et bonne raison que c’est une chose qu’ils n’ont jamais vraiment expliqué !

1993. A peine un an et demi plus tard, c'est la sortie de « Coloured Funeral » sur Century Media. Un sacré défi relevé par le groupe…
Juste après la sortie de « Abject Offerings », un paquet de labels ont tapé à notre porte (le genre de situation qui fait rêver aujourd’hui !) et, très vite, nous avons accepté la proposition de Century Media qui possédait d’ailleurs de sacrées références dans son catalogue (UNLEASHED , GRAVE, MORGOTH, ASPHYX…) et qui savait travailler avec ses groupes. Là, pour le coup, nous avons fait le bon choix !
MERCYLESS adopte alors un style plus alambiqué, plus technique, moins immédiat sur ce deuxième album, qu'est-ce qui vous a inspiré pour sa conception et cette orientation stylistique ?
J’ai laissé plus de place à mes collègues pour s’exprimer sur « Coloured Funeral » et cela donne un patchwork de mélodies, d’arrangements, de riffs très différents du premier album ainsi qu’une certaine brutalité bien plus imposante. Notre inspiration, nos influences étaient plus larges au niveau musical à cette époque puisque nous passions facilement de DEICIDE à ATHEIST sans nous poser trop de questions ! En fait, nous voulions proposer quelque chose de brut, direct qui reste en même temps très technique !
Cette fois-ci, c'est un duo de producteurs qui est aux manettes puisque Tim Buktu épaule Colin Richardson…
En effet, Tim Buktu venait de bosser sur « Signs of the Decline » de MASSACRA et du coup cela s’est fait très naturellement d’autant que c’est un mec cool avec qui il est très facile de travailler. C’est Colin qui a demandé à être épaulé pour le mix avec quelqu’un qui connaissait bien le studio et comme Tim bossait là-bas, c’est lui qui est venu, c’est aussi simple que cela. C’était une petite collaboration mais qui à porté ses fruits en termes de rendu final : quel son !
Avez-vous pu faire quelques concerts pour assurer décemment la promotion de l’album ?
Nous sommes partis en tournée dans la foulée avec DEATH puis ensuite aux côtés de SAMAEL, UNLEASHED, TIAMAT et MORGOTH. Comme tu peux l’imaginer, cette période a représenté la plus grosse opportunité de notre carrière et elle a laissé des souvenirs impérissables pour un jeune groupe comme nous. L’album s’est d’ailleurs assez bien vendu… même si le death metal commençait alors à devenir moins populaire. Nous étions en 1993 et le public semblait vouloir passer à autre chose…
Gérald Guenzi, membre historique du groupe, quitte MERCYLESS après cet album. Est-ce la future réorientation musicale du groupe, vers un power-thrash moderne, qui en est la cause ?
Nous avions tout simplement grandi et nos inspirations se sont diversifiées. Mais du changement, il y en a aussi eu dans nos vies personnelles, pas mal de choses ont bouleversé notre quotidien, il a donc fallu faire des choix. Nous avions aussi une irrésistible envie d’évoluer sans vraiment savoir ou l’on voulait vraiment aller ! Voilà quelques uns des facteurs qui nous ont conduits à pousser le style de MERCYLESS vers quelque chose de différent.
1996. « C.O.L.D » ouvre donc la voie à un changement de style pour le groupe. Est-ce l'influence combinée de la baisse d'intérêt du public pour le death metal et la popularité en hausse de groupes comme MACHINE HEAD, FEAR FACTORY ou SKINLAB qui en sont les raisons ?
Inconsciemment je serais tenté de te dire que ce sont les deux facteurs combinés même si je dois t'avouer que nous n’avons jamais été trop fans de ces groupes…mais le côté thrash et le besoin d’innover que nous avions adopté alors peuvent parfois nous rapprocher d’eux. Après, franchement, « C.O.L.D » est un véritable OVNI pour moi… j’essaie encore de comprendre pourquoi nous avons enregistré un tel album… et je n’ai pas d’explication. Peut-être qu’effectivement, nous évoluions dans une époque très changeante pour nos inspirations !

2000. L'apocalypse tant redouté n'a pas eu lieu. Nostradamus peut dormir tranquille. C'est également l'année de sortie de « Sure to be pure » qui marque la rupture définitive avec les fans de la première heure de MERCYLESS…
Rupture : ça oui, tu peux le dire ! Nous nous sommes faits littéralement massacrer à la sortie de « Sure to be pure » ! Et je crois que nous l’avons mérité quelque part ! Comme pour « C.O.L.D », je ne sais pas pourquoi nous avons fait un tel album et, surtout, pourquoi nous n’avons pas changé de nom à cette époque d’autant que le line-up du groupe était très différent. Je n’ai pas non plus de regret car cela m’a servi de leçon pour la suite et une remise en question a ensuite été nécessaire… j’ai beaucoup appris de cette période entre 1994 et 2000, cela m’a permis de ne plus faire de si grosses boulettes par la suite ! Pour être honnête, j’ai beaucoup de peine quand je repense à cette période mais c’est la vie et je l’accepte ainsi !
2001. Le groupe cesse ses activités après cet album…
En fait après « Sure To be Pure «, nous avons tous éprouvé un gros ras-le-bol de tout ce cirque alors nous avons décidé de mettre MERCYLESS en standby pour une période indéfinie. Nous en avions vraiment besoin mais cela ne nous a pas empêché de jouer ensemble pendant presque dix ans en faisant des trucs très différents, comme DAY OFF SIN, qui n’avaient rien à voir avec le metal. Du coup, nous avons pu essayer plein de choses sans nous prendre la tête : produire un disque ou travailler en studio, ce que nous n’avions jamais fait auparavant.
Cette "traversée du désert" pour MERCYLESS n'a-t-elle fait que renforcer ton désir de revenir aux affaires en 2013 avec « Unhloy Black Splendor » ?
Carrément ! Dix ans, c’est très long mais ce laps de temps était nécessaire pour nous permettre de nous retrouver et de repartir avec l’envie de revenir à notre style de prédilection. J’ai retrouvé cette hargne, cette colère que nous portions à nos débuts et elle ne m’a plus jamais quitté depuis. A vrai dire, je savais depuis longtemps au fond de moi que nous reviendrions un jour au vrai son de MERCYLESS, la seule question était quand ? Le déclic a eu lieu en 2010 suite à la sortie de la double compilation « In memory of Agrazabeth » qui retraçait le début de notre carrière, nous en avons profité pour revenir aux affaires avec toute la détermination que tu peux ressentir aujourd’hui !
2013. Plus de 20 ans après la sortie du cultissime « Abject Offerings », cet album marque un retour aux sources du death metal. Un album sombre, puissant et technique réalisé par Stéphane et toi ainsi que deux nouveaux membres, Matthieu et Laurent, paru sur un label plus confidentiel, Trendkill…
Nous n’avons pas eu besoin de discuter ou de planifier quoi que se soit pour la composition de cet album : les riffs, les idées, les arrangements, tout est venu très naturellement car nous savions exactement où nous voulions aller. Nous avons composé pendant six mois avec un nouveau batteur et un bassiste qui étaient en phase avec les valeurs du groupe ! La seule chose que nous avions à cœur de montrer, c’est que nous n’étions pas là simplement pour jouer les opportunistes mais que nous avions un vrai projet, quelque chose de neuf à proposer. Pour ce qui est du label, encore une fois cela n’a pas vraiment été pas le meilleur choix … hélas !
Artwork signé Fortifem, mix et mastering réalisés par Dan Swano, vous n'avez rien laissé au hasard pour ce come-back…
Nous avons mis toutes les chances de notre côté, enfin dans la mesure de ce qui était possible, et je crois que aussi bien sur l’aspect visuel que pour le son obtenu sur ce disque, nous avons pu rappeler au public que ce bon vieux death metal répondait toujours présent !
Depuis ce retour, le groupe n'a jamais été aussi actif : un split avec CRUSHER, un live puis un single qui marque la collaboration avec le label Kaotoxin qui précède la sortie de ce quatrième album, « Pathetic Divinity » sorti l'année dernière…une manière de rattraper le temps perdu ?
Oui mais je crois aussi que c’est l’époque qui veut cela …nous n’avons plus le temps de buller : il faut être continuellement sur la brèche ! Je me dis aussi que tant que l’inspiration et le besoin de jouer en live sont au rendez-vous alors il ne faut pas perdre de temps, nous en avons assez perdu comme ça. Carpe Diem ! Nous profitons désormais de chaque instant et de tout ce que peut nous amener MERCYLESS au quotidien.
2016. Votre dernier album sonne comme le plus sombre que vous ayez enregistré jusqu'à aujourd'hui, les multiples breaks, la production sauvage, les solos possédés, ces mélodies irrésistibles, tout renvoie à vos débuts et notamment « Abject Offerings », une manière de boucler la boucle ?
Pas du tout ! Nous ne bouclons rien avec « Pathetic Divinity » car à mon avis la suite sera encore plus sombre et violente, crois moi ! Nous sommes bien là et nous ne lâcherons rien, d’ailleurs nous travaillons déjà sur son successeur. Mais il est vrai que cet album représente beaucoup pour moi, celui-ci est quelque part un véritable aboutissement, de la pochette jusqu’à la dernière note ! Un véritable exutoire de tout ce que la colère peut engendrer dans un domaine artistique comme le death metal. Tant que cette colère sera présente, MERCYLESS proposera une musique aussi sombre soit elle. Nous sommes voués à vivre dans les ténèbres et cette forme d’expression est là pour rendre hommage au coté obscur de ce monde.
2017. Les 30 ans du groupe sont synonymes de programme chargé avec un single, un nouvel EP et un split avec AVULSED mais aussi la réédition de « Coloured Funeral » et un live, tout deux prévus le 27 octobre, les fans ne vont plus savoir où donner de la tête !
C’est Xenokorp (anciennement Kaotoxin), notre label, qui s’attèle à tout ce travail. Ces sorties étaient prévues de longue date et ce n’est aucunement dans un but d’asphyxier les fans ou de monopoliser leur attention, c’est juste que la plupart de ces disques n’ont jamais vu le jour… il était donc plus que temps de remédier à cela. D’ailleurs si je ne devais en retenir qu’un ce serait la réédition de « Coloured Funeral », que l’on voulait depuis très longtemps, avec la sortie d’une version en vinyl jusque là inexistante ! Alors, tant que nous pouvons nous faire plaisir ainsi et gâter nos fans pourquoi se priver ??
Lorsque tu regardes dans le rétroviseur, quel évènement le plus marquant retiendrais-tu pour MERCYLESS ?
Sans surprise, ce serait la sortie de notre premier album, « Abject Offerings », car nous réalisions là un rêve de gosse : voir notre album dans les bacs et jouer avec Chuck Schuldiner, quel pied quand même ! Et la chose qui me tient à cœur par dessus tout, c’est de voir qu’après toutes ces années,les fans de metal ont toujours du respect pour ce que nous avons fait avec MERCYLESS ! Stay evil !
Qu'est-ce que l'on peut souhaiter à MERCYLESS pour la suite ? Une décennie supplémentaire au service du death metal français ?
Nous espérons continuer le plus longtemps possible tant que la flamme continuera à brûler en chacun de nous. L’esprit est bien là, nous nous éclatons à ficeler de nouveaux morceaux sans compter les concerts qui montrent la vraie valeur du groupe, sur scène ! Nous avons plusieurs fests et concerts programmés jusqu’à la fin de l’année, ensuite nous prévoyons une tournée en 2018 histoire de ne rien lâcher !
Merci Max pour le temps que tu as pris pour répondre à ces questions, ces derniers mots pour nos lecteurs et lectrices seront les tiens…à bientôt !
Merci à toi pour cette interview rétrospective et encore une fois et je ne le dirais jamais assez : merci à tous nos fans pour le soutien indéfectible et à ceux et celles sont derrière le groupe depuis toutes ces années. Si nous sommes encore là aujourd’hui, c’est grâce à vous ! Un grand merci aussi aux fanzines, magazines, émissions de radios, distributeurs, promoteurs et aux autres groupes croisés sur les routes qui continuent à entretenir la flamme !
Ne vous laissez pas guider et manipuler, le death metal est une passion avant tout, loin de toute forme de mode. Stay Evil !





























































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